Nico Wouters, « From oral memory to oral history: some remarks »


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Emplacement dans le programme

Séance inaugurale - De 10h à 10h30

Résumé

Historiciser les mémoires à travers l’histoire orale ?

Qu’il reste problématique d’utiliser l’histoire orale dans des études sur la mémoire constitue un énorme paradoxe. La centralité du terme « mémoire » en histoire orale est généralement considérée comme allant de soi : pratiquer l’histoire orale revient, en quelque sorte, à « pénétrer » automatiquement dans le champ des études mémorielles.

Dans cet exposé, je voudrais tout d’abord souligner l’ambiguïté continuelle du terme « mémoire », rendu opératif dans la recherche en histoire orale. De façon pragmatique, il semble sage d’essayer de faire une distinction nette entre différentes initiatives d’histoire orale comme :

1) d’une part, des actions de recherche dirigées principalement vers la description et la préservation des mémoires (ce qui est très légitime) ;
2) de l’autre, des actions de recherche dirigées vers l’analyse de la construction mémorielle et les procédés par lesquels ces mémoires sont construites publiquement et échouent à résonner de façon publique.

Beaucoup de projets utilisent les témoignages oraux comme une base empirique mais ont peu en commun avec la recherche en histoire mémorielle parce que :

1) les narrations individuelles sont présentées comme des vérités historiques ;
2) les narrations sont spécifiquement choisies pour exemplifier et confirmer un consensus déjà existant, écrites pour rencontrer les attentes préexistantes d’un plus large lectorat / public ; elles ont pour but d’éviter une rupture ;
3) il n’y a pas d’analyse critique des processus à l’œuvre derrière ces témoignages oraux.

Ces trois conditions négatives peuvent indiquer que nous ne sommes pas en train d’étudier la mémoire collective à travers l’histoire orale.

En jetant brièvement un regard critique sur ma propre tentative d’utiliser l’histoire orale pour analyser les mémoires flamandes de la Deuxième Guerre mondiale, je peux conclure cependant combien il est difficile d’analyser les vrais processus qui gouvernent la construction mémorielle et leur articulation publique. Une histoire orale solide qui « historicise » la mémoire dépend de la combinaison d’un nombre minimal de conditions méthodologiques parmi lesquelles on peut trouver :

1) critique des sources à travers « la recherche sur la recherche » : contextualiser la source de façon à créer des critères de base qui permettront de sélectionner les sources orales que l’on ne peut tout simplement pas utiliser dans une recherche critique qualitative ;
2) une étude des relations sociales spécifiques qui gouvernent la transmission à l’intérieur d’un groupe (social) mnémonique ;
3) une étude du mécanisme qui gouverne l’interaction entre sphère publique et sphère privée (la communicante et l’officielle), probablement en se focalisant sur la contradiction, les luttes, les contestations.

Finalement, l’interdisciplinarité (par exemple avec la psychologie) est probablement la voie qui permet d’aller plus loin, en dépit de toutes les difficultés d’une telle coopération.

Biographie

Nico Wouters est responsable du CegeSoma et professeur invité à l'Université de Gand. Il est spécialisé dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, y compris dans tout ce qui relève de la mémoire (collective). Il a publié, entre autres, avec Koen Aerts L’histoire orale en Belgique et la (dé-)construction de la mémoire collective, figurant en 2014 dans un numéro thématique de la Revue belge de Philologie et d’Histoire.