In Memoriam


Responsive image (Photographie : IHOES, Seraing.)

Monique Rappez (15 juillet 1937 - 5 septembre 2021)

C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous annonçons le décès à l’âge de 84 ans de Monique Rappez, cette historienne et enseignante attachée à sa ville de La Louvière.

Comment cette Louviéroise farouche, attachée à l’esprit d’Achille Chavée, proche de Jean Louvet, de Julos Beaucarne et de bien d’autres figures connues de la culture de sa région, dotée d’un esprit indépendant, a-t-elle pendant plusieurs années pris le train pour se rendre régulièrement à Seraing, avec dans ses bagages un délicieux repas de midi, voire l’une ou l’autre bouteille de vin ? Son amour de la culture s’accompagnait d’un engagement profond, d’un goût de la recherche et de l’écriture, ainsi que d’un esprit critique qui ont fait d’elle une collaboratrice de l’IHOES.

À une époque où le travail scientifique n’y était pratiquement possible que grâce à la participation d’historiennes bénévoles retraitées, elle emplissait nos locaux de son rire malicieux et sonore. Son caractère un peu brusque cachait un esprit très fin et une grande générosité, dont nos collaborateurs profitaient quand elle nous faisait découvrir la ville de son cœur et son cher lætare. Plus tard, le voyage depuis La Louvière aux allures d’expédition est devenu trop lourd, mais elle nous retrouvait parfois pour une assemblée générale, l’inauguration d’une exposition ou un repas avec l’équipe, comme on peut le voir sur les quelques photos d'elle en pièce jointe. Sa présence chaleureuse nous manquera.



Responsive image (Photographie d’Alain Boos. Coll. IHOES, Seraing.)

André Beauvois (1er mars 1942 - 8 août 2021)

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès ce dimanche d’André Beauvois, figure emblématique du syndicalisme et du mutuellisme socialistes en région liégeoise et par ailleurs membre de l’assemblée générale de l’IHOES.

André Beauvois est un « enfant de la guerre », né en 1942 à Sprimont, en plein cœur du pays des carriers. Son militantisme syndical et communiste, il le puise dans sa prime jeunesse, notamment en 1944 lorsque, âgé de deux ans seulement, il est emmené par son père – l’un des dirigeants du Syndicat unique de la pierre – à un… 1er Mai clandestin ! Diplômé de l’École normale de Verviers, André Beauvois commence sa carrière professionnelle comme instituteur – « une vocation », pour reprendre ses propres mots – à Angleur, où il s’imprègne des expériences pédagogiques novatrices d’Andréa Jadoulle.

Il passe plus de dix ans dans l’enseignement spécialisé, où il finit par occuper une fonction de direction, tout en continuant à cultiver sa fibre syndicale : « Il n’y a pas de pouvoir sans contre-pouvoir ; il faut toujours qu’il y ait une présence organisée des travailleuses et des travailleurs », nous confiait-il dans une interview datant de 2007. En 1976, lors des négociations sur la fusion des communes, il se retrouve « un peu par hasard » avec un mandat syndical et y représente les enseignants. L’action syndicale ne le lâchera plus à partir de cet instant, puisqu’il deviendra ensuite, entre autres fonctions, secrétaire de la CGSP Enseignement de Liège, secrétaire régional et, de 1990 à 2002, secrétaire général intersectoriel de la CGSP de Liège.

André Beauvois a mené de nombreux combats, parmi lesquels la lutte contre les politiques d'austérité entreprises dans les services de la Ville de Liège au cours des années 1980 ou contre les réformes de l’enseignement secondaire inscrites dans le plan Onkelinx (1995-1996) ; il a également apporté son soutien aux treize délégués des Forges de Clabecq poursuivis en justice (1998-2002) et, sur le plan international, il a été l'un de ceux à accueillir à Liège les Chiliens fuyant la dictature militaire de Pinochet ; à organiser la solidarité avec Cuba, avec le Vietnam, etc. C'est lui aussi qui a relancé le 1er Mai syndical et associatif, place Saint-Paul à Liège.

André Beauvois a été actif sur de nombreux fronts. Son fonds d’archives, conservé à l’IHOES, témoigne de son engagement multifacette : en faveur de la paix (au sein du Rassemblement liégeois pour la paix et de l’Union liégeoise pour la défense de la paix), mais aussi auprès de la Fédération des mutualités socialistes et syndicales (FMSS) ; de Peuple et Culture Wallonie-Bruxelles, dont il est un des fondateurs ; du Centre polyculturel Résistances (CPCR), dont il sera président ; etc. André Beauvois a défendu sans relâche l’éducation populaire. Son appel constant à « former plutôt que formater » les citoyens et citoyennes, à leur apprendre à décoder les informations pour tenter de mieux comprendre le monde complexe qui nous entoure, est aujourd'hui d’une actualité toujours aussi criante.



Responsive image (Coll. FGTB Liège-Huy-Waremme.)

Marc Goblet (6 juin 1957 - 16 juin 2021)

« […] Et c’est pour ça que je n’avais pas peur de dire très clairement que […] j’étais né socialiste, que je suis socialiste, que je mourrai socialiste. Mais j’ai toujours dit aussi que j’étais pour l’unité de la gauche, pas pour sa division ; moi, mes adversaires, c’est la droite ! »

C’est ainsi que se décrivait Marc Goblet – dont nous avons appris le décès hier avec beaucoup de tristesse – lors d’une interview historique en juillet 2020. L’IHOES a croisé à plusieurs reprises le chemin de ce militant syndical et socialiste infatigable et sincère : que ce soit en 2011 où il nous a aidés à reconstituer l’histoire de la Fédération des mutualités socialistes et syndicales (FMSS) et de la Clinique André Renard, ou encore tout récemment, en 2020, où il nous a été d’une grande aide pour retracer l’évolution de « sa » centrale de cœur, la Centrale Générale FGTB Liège-Huy-Waremme.

Le syndicalisme et le socialisme, Marc Goblet est tombé dedans quand il était tout petit. Le domicile de son père, Simon, ancien mineur au charbonnage de Battice et fervent défenseur de l’Action commune socialiste, était fréquemment converti en bureau politique, pour la mutuelle, le syndicat ou le parti ; quand il rentrait de l’école, le jeune Marc ne pouvait pas souvent accéder au salon, qui « était occupé par des gens qui attendaient pour passer au service pour le chômage, ou pour la mutuelle, ou pour autre chose ».

Depuis 1982, année de ses débuts comme permanent syndical, Marc Goblet a toujours gardé la même ligne de conduite, qui est aussi celle de la Centrale Générale de Liège, en faveur de l’unité des travailleurs, de la FGTB et de la gauche, contre ce qu’il appelait les « replis corporatistes ». Durant toute sa carrière syndicale et politique, il a porté de nombreux combats : pour la justice sociale, la réduction collective du temps de travail, des services publics de qualité, une retraite décente pour les anciens mineurs, etc.

Son approche interprofessionnelle inflexible le conduira en 2003 à la présidence de la régionale FGTB Liège-Huy-Waremme, puis au secrétariat général de la FGTB nationale de 2014 à 2017. Quittant ce poste en raison de soucis de santé, il n’abandonnera néanmoins jamais son combat pour un monde plus juste et plus solidaire, puisque depuis mai 2019, il siégeait comme député socialiste à la Chambre des représentants.



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Camille Schmitz (22 novembre 1937 - 5 mai 2021)

C’est avec beaucoup de tristesse que nous apprenons le décès de Camille Schmitz, proche de l’Institut depuis plusieurs décennies et l’un des acteurs incontournables du milieu associatif liégeois. Toute sa vie, Camille a œuvré comme « relieur » entre les innombrables projets au sein desquels il s’est engagé. Et l’engagement faisait partie de ses gènes !

Il est impossible de retracer de manière exhaustive un parcours militant de plus de 50 ans. Mais cet ancien oblat a été l'artisan de multiples initiatives telles que le Centre Communautaire du Cadran, lieu de convergence d'inspiration chrétienne progressiste au tournant des années 1970 ; le mouvement « Chrétiens pour le socialisme » (CPS) ; Culture Tourisme Loisirs (CTL) qui joue un rôle d’animation culturelle dans les luttes sociales (dont l’occupation du Grand Bazar de Liège) ; Les Grignoux ; le Centre du Beau-Mur, etc.

Dans la seconde moitié des années 1990, il s’investit dans le mouvement altermondialiste liégeois et devient coordinateur d'Attac Wallonie-Bruxelles de 1999 à 2004. En même temps, il est partie prenante du dynamisme surgi de l’ASBL Barricade et devient l'un des initiateurs de la Coordination D'Autres Mondes, Forum Social à la liégeoise réunissant à l'époque plus de cent associations.

Avec Camille, c’est aussi un extraordinaire producteur d’archives qui disparaît. Il faisait partie de ces rares personnes qui ont une réelle conscience de l’importance de conserver des traces de toutes les initiatives à dimension sociale. Et l’IHOES a eu la chance d’avoir sa confiance pour l’aider dans cette tâche. Après nous avoir confié en 2001 ses archives liées aux Grignoux et au CTL entre autres, puis celles relatives à Attac Wallonie-Bruxelles en 2010, il avait pris récemment contact avec nous pour organiser le transfert des archives encore en sa possession.

Sois rassuré, Camille, l’Institut veillera à conserver et transmettre les traces de ton parcours admirable.



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Christian Wettinck (21 mars 1943 - 22 juin 2019)

C‘est avec une profonde tristesse que nous venons d’apprendre le décès de Christian Wettinck, un proche, fidèle de l’IHOES et membre de son Assemblée générale depuis plusieurs décennies.

De ce juriste doué, nous retiendrons moins ses fonctions prestigieuses de vice-président du tribunal de Première Instance de Liège, puis Conseiller d’État, que le rôle fondamental qu’il a joué en faveur des plus démunis en tant que juge de paix du canton de Grâce-Hollogne et son rôle de cofondateur de l’Association syndicale des magistrats et de membre de l’Association des Juristes démocrates, deux organismes pour lesquels la justice doit rimer avec défense des plus faibles.

Persuadé de l’importance de conserver les traces du passé, Christian a confié à l’Institut les archives de la Justice de Paix de Grâce-Hollogne à une époque où elles n’intéressaient personne (elles ont été rétrocédées aux Archives de l’État en 2015), mais aussi ses propres archives portant notamment sur l’Association des Juristes démocrates.

Pour prendre congé de cet homme de bien dont la discrétion n’avait d’égale que ses qualités de cœur, quoi de plus approprié que ces deux maximes qui clôturaient chacun de ses mails. Merci Christian !

εἰδέναι δὲ χρὴ τὸν πόλεμον ἐόντα ξυνόν, καὶ δίκην ἔριν, καὶ γινόμενα πάντα κατ΄ ἔριν καὶ χρεών.
Il faut savoir que le conflit est universel, que la justice est une lutte et que toutes choses s’engendrent selon la lutte et la nécessité... (Héraclite, Fragment 80)

Y a-t-il une justice ? — Bien sûr, mais pas encore et de moins en moins.