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Les indigné(e)s liégeoi(se)s, un nouveau mouvement social dans la Cité ardente ? (analyse n°101, publiée le 7/12/2012)
Par Fabian Vigne

Le présent article a été répertorié dans la catégorie :
"Sensibilisation au pacifisme et aux résistances d'hier et d'aujourd'hui"

Il traite des sujets suivants :
Histoire sociale (sujet principal)

Vous pouvez également télécharger le présent article sous format PDF (avec notes scientifiques, iconographie et mise en page) en cliquant ICI.

Pour citer cet article :

Fabian Vigne, « Les indigné(e)s liégeoi(se)s, un nouveau mouvement social dans la Cité ardente ?  », Analyse de l'IHOES, n°101, 7 décembre 2012,
[En ligne] http://www.ihoes.be/PDF/Analyse_101_Indignes_Liege.pdf.



Du printemps à l'automne 2011, le mouvement des indigné(e)s s'est répandu comme une traînée de poudre à travers l'Europe. Ils sont à l'époque des milliers sur la place de la Puerta Del Sol à Madrid, pendant que les révolutions arabes battent leur plein. Le G8 se réunit à Deauville, c'est la goutte qui fait déborder le vase ! Suivant un appel, d'une part, des indigné(e)s d'Espagne et, d'autre part, du mouvement altermondialiste qui est confronté à chaque contre-sommet à une force policière démesurée, quelques militant(e)s liégeoi(se)s décident que le changement se fera ici et maintenant et montent à Liège les premières tentes du camp des indigné(e)s. Retour sur un mouvement inédit dans l'histoire des mouvements sociaux, sur les enjeux, les questions qu'il a suscitées, à la lumière de cette expérience.

Le camp des indigné(e)s de Liège a débuté mi-juin 2011 et était de taille relativement modeste si on le compare à ceux existant à la même époque à Madrid ou ailleurs dans le monde. Dans la Cité ardente, le mouvement des indigné(e)s sera baptisé « Prends la place ! Liège, Democracia Real YA ! ». Son apogée numéraire est estimée à 150 participants, lors d’une assemblée populaire. Vu de ce point de vue quantitatif, le mouvement des indigné(e)s ne peut être comparé aux mobilisations syndicales. Cependant, il réinterroge de manière pertinente les formes et le répertoire d'actions traditionnelles, le rôle des institutions politiques dans la démocratie représentative, sans doute des valeurs et des représentations nouvelles, ainsi que l'identité militante.

Une première caractéristique frappante des indigné(e)s liégeoi(se)s résidait dans son extrême hétérogénéité sociale. On retrouvait sur le camp chômeurs(euses), enseignant(e)s, enfants, vieillard(e)s, militante(e)s, travailleurs(euses) sociaux(iales), riches, pauvres, activistes, salarié(e)s, indépendant(e)s, artistes, artisan(e)s, adeptes du yoga, végétarien(ne)s, exclu(e)s, sans-papiers, … L'extraordinaire diversité sociale et professionnelle de ce mouvement mène à se poser la question de savoir qui est un(e) indigné(e) ? Qu'est-ce qu'être indigné(e)? Comment en vient-on à dire, au-delà de « je suis indigné(e) », « je suis un(e) indigné(e) » ?

Si aujourd'hui, dans le contexte de crise profonde du système capitaliste, de nombreuses personnes peuvent se dire indignées, toutes n'ont pas fait le pas de participer à l’une des assemblées populaires organisées sur le camp ou de « planter leur tente » sur la place publique. Cependant, beaucoup de citoyen(ne)s se demandaient ce qui était en train de se passer : « Est-ce que c'est bien le même mouvement qu'en Espagne ? », « Quelles valeurs politiques défendent-ils ? », « Est-ce un mouvement de gauche ? », « Quel est leur but ? », « Quelles sont leurs revendications ? ». Et nombre d'entre elles et eux ont été déçu(e)s par les réponses qui leur étaient alors données... À chaque fois, les indigné(e)s se débinaient, il n'y en avait pas un pour répondre à ces questions pourtant fondamentales : « Je ne peux pas parler pour le mouvement, mais je peux te dire ma manière de voir les choses. » ; « C'est un mouvement en construction, nous devons discuter de ça ensemble. » ; « Non, nous ne sommes pas a priori de gauche, même si nous en défendons les valeurs. » ; « Notre but est encore à fixer. », « Viens voir à une assemblée ! »...

Pour comprendre ce mouvement atypique, l’éclaircissement d'Alberto Melucci, sociologue des « Nouveaux Mouvements Sociaux » (NMS), peut s'avérer utile. Regardant les mobilisations de la fin des années 1960, Melucci identifie au sein du féminisme, des mouvements régionalistes et étudiants, de ceux de la contre-culture jeunes, des mouvements anti-institutionnels, des luttes qui mettent en action les immigrés et les jeunes ouvriers de l'époque, quatre dimensions d'une rupture avec les mouvements « anciens », tels le syndicalisme, le mouvement ouvrier. Les NMS diffèrent par :
(1) leurs formes d'organisation et répertoires d'action,
(2) un rapport au politique spécifique,
(3) des valeurs et revendications nouvelles,
(4) des acteurs ayant une identité particulière.

(1) Premièrement, ces NMS se distinguent par des formes d'organisation et des répertoires d'action différents: ils manifestent une défiance explicite devant les phénomènes de centralisation, de délégation d'autorité, au profit de l'assemblée générale et du contrôle des dirigeants. « Ils ont redonné vie en l'actualisant à un concept de démocratie directe qui, dans une certaine mesure, plongeait ses racines dans la tradition anarchiste. » Leurs formes de protestation (sit-in, occupation de locaux, grève de la faim, ...) étaient à l'époque considérées comme innovantes.

On a pu observer cette même défiance, mais également cette pratique de démocratie directe spécifique, dans le mouvement des indigné(e)s liégeoi(se)s.

En effet, si toute personne était la bienvenue à l'assemblée populaire, il fallait bien se garder d'afficher son appartenance à une association, un parti ou un syndicat : « Celles et ceux qui viennent ici, sont là sans appartenance particulière, sans qualité propre qui les distinguerait des autres, sans titre spécifique qui leur donnerait du pouvoir sur d’autres, ne représentant aucun parti, ni aucune organisation, seulement leur propre voix, et se retrouvant dans un désir commun de transformation radicale ».

Le répertoire d'action de base, l'occupation de l'espace public, mettraient également le camp des indigné(e)s liégeoi(se)s dans la catégorie des NMS.

De même, tout comme dans l'analyse de Melucci, l'assemblée populaire, une assemblée générale ouverte à tou(te)s, était un élément constitutif du mouvement des indigné(e)s, et ce de la Puerta Del Sol à Wall Street en passant par la place Saint-Lambert. À Liège « l'assemblée populaire se déroule deux fois par jour. Les décisions sont prises s'il y a consensus. Pas de vote car il est excluant. »

L’assemblée populaire était l'instance de décision du camp. On y abordait tant des points politiques que des points pratiques concernant la vie du camp. L’animateur commençait souvent par donner un aperçu des autres camps de Belgique et d’ailleurs (à l'époque plus de six cents camps avaient « poussé » à travers le monde). Les points à l'ordre du jour étaient ensuite abordés. Lors des premières assemblées populaires, ceux-ci concernaient la création d'une mailing list et d'un blog, le nom du camp, … On y discutait d'un texte de protestation, on listait les besoins nécessaires pour le camp, on invitait à participer à des animations (projections de documentaires, débats, formations, activités de jonglage, musique, mini-foot, ...) autogérées par des personnes du camp.

Un ensemble de gestes des mains permettaient de pouvoir s'exprimer (demande de prise de parole, accord, désaccord, incompréhension, proposition, point technique, ...) sans s’interrompre. Ce système aidait les animateurs de l'assemblée à faire émerger des accords. Cette forme de communication non-violente était un élément important afin qu'un consensus puisse apparaître, et ce, même avec un nombre élevé de participants. Opposé à l'idée de vote qui impose le choix de la majorité en mettant les points de vue et les besoins d'une minorité de côté, le consensus vise à intégrer les objections des minorités. Autrement dit, si le point de vue A s'oppose au point de vue B, il faudra que l'assemblée cherche un point de vue C qui intègre A et B.

Si ce sont quelques militants qui ont lancé le mouvement à Liège, le camp est réellement né au cours des premières assemblées populaires. Au départ, il faut tout trouver, tout construire. Rien n'est plus inhabitable qu'une place publique ! Il faut dénicher des bancs, des tonnelles, des toilettes, organiser des tours de garde la nuit, gérer l'hygiène du camp. Dès le départ, une cuisine est mise sur pied, fonctionnant sur base de récup' et proposant tous les jours un plat végétarien à prix libre. Un groupe de travail « média » se met en place pour répondre à la presse, un autre groupe pour répondre aux autorités. Plus tard, il y aura aussi un groupe de travail « communication », un groupe de travail « action ». Tous ces groupes doivent rendre des comptes à l'assemblé populaire de leur travail, et celle-ci commente les orientations des groupes de travail, et le cas échéant, donne son assentiment.

Si le carburant de ce mouvement était les décisions prises dans le cadre des assemblées populaires, l'autogestion en était le moteur : « Celui qui propose donne l’impulsion, il est l’initiateur et c’est à lui de trouver les personnes ressources pour assurer la concrétisation de la proposition. » Souvent lors des assemblées, des personnes mettaient en évidence des lacunes : « Vous devriez soigner l'image du camp, ça a l'air d'un dépotoir. » ; « Il faudrait que... ». L'assemblée rappelait alors le principe de base qui était de pouvoir critiquer mais, également, d’apporter le changement, de l'amener soi-même, en cherchant les ressources nécessaires à sa concrétisation.

De la place Saint-Lambert occupée partait un nouveau monde. Un village en plein milieu de Babylone, en face des Galeries Saint-Lambert et de sa symbolique consumériste, au pied du vieux Palais de Justice, à quelques pas de l’Hôtel de Ville. Et comme l'affirmaient avec force les indigné(e)s, ce village s'inscrivait en rupture avec cet ancien monde : « Nous nous déclarons en sécession avec toutes formes de gouvernement qui prétend représenter le peuple, parler en son nom, défendre ses intérêts ou qui confisque son pouvoir purement et simplement. En conséquence nous ne reconnaissons plus aucun pouvoir aux institutions que nous n’aurons pas créées nous-mêmes. »

(2) Dans cette description, le camp apparaît comme un espace d'autonomie. Cela rejoint une deuxième ligne de clivage entre les nouveaux et les anciens mouvements sociaux pour Melucci : le rapport au politique. Dans les NMS, « il s'agit bien moins de défier l’État ou de s'en emparer que de construire contre lui des espaces d'autonomie, de réaffirmer l'indépendance de formes de sociabilité privées contre son emprise. »

D'un point de vue politique, les indigné(e)s liégeoi(se)s ont, sur base des discussions menées lors des assemblées populaires, écrit plusieurs textes diffusés ensuite par le biais du blog prendslaplace.agora.eu.org et du site indymédia. Plusieurs tracts ou communiqués ont également été diffusés.

Les médias ont souvent défini les indigné(e)s comme « apolitiques », le mouvement n'entrant pas vraiment dans un cadre connu. Ces derniers(ières) ont répondu à la presse : « Ce mouvement n’est pas apolitique. L’occupation de la place est politique, toute prise de parole sur la place est un acte politique. Néanmoins l’assemblée se considère comme a-partisane, elle ne défend ni parti ni couleur. Ce mouvement n’est pas un simple soutien aux indigné(e)s d’Espagne, de Grèce et d’ailleurs. […] Elle développe des thématiques qui lui sont propres et refuse la domination du G8, l’arrogance des banquiers et les politiques d’austérité auxquelles les populations d’Europe sont condamnées.  »

Dans leurs communiqués, les indigné(e)s remettaient en cause le pouvoir politique actuel et la démocratie représentative. « Nous partageons le constat selon lequel ce que l'on appelle "démocratie" n'est plus qu'un pouvoir soumis aux intérêts du marché et des puissances qui détruisent la Terre, les communautés qui restent, et les droits sociaux. » Ils dénonçaient aussi le manque d'alternatives possibles. « Y’en a marre de ce système qui ne fait que nous déposséder, nous réprimer et nous imposer un mode de vie que nous n’avons pas choisi. » Il soufflait à l'époque un vent de désobéissance civile que l'on retrouvait dans les propos tenus lors des assemblées : « J’ai 63 ans, je suis une habituée de la désobéissance. J’apprends beaucoup des jeunes ici et je continue à m’indigner même si le contexte est différent de ce que j’ai pu vivre à l’époque au Chili. Nos indignations se rejoignent et malgré mes habitudes, mon quotidien, j’ai pu en sortir et découvrir et faire dans ce camp des choses que je n’avais jamais faites. »

(3) Pour Melucci, les NMS se distinguent par des valeurs et des revendications différentes de celles du mouvement ouvrier : le mouvement ouvrier avait des valeurs portant, avant tout, sur la redistribution des richesses, tandis que les NMS mettent l’accent sur la résistance au contrôle social et l'autonomie. On pourrait nuancer ce point de vue en disant que ces valeurs ont parfois aussi été présentes au sein de l’histoire du mouvement ouvrier, notamment au travers du syndicalisme révolutionnaire, que l'on appelle aussi l'anarcho-syndicalisme ou le syndicalisme d'action directe. En Belgique, on le retrouve à travers le « renardisme » dont les deux grands moments ont été les périodes 1944-1947 et 1956-1964.

Sur ce point, les indigné(e)s liégeoi(se)s se distinguent des NMS car, même si la question du contrôle social et de la confiscation du pouvoir par une minorité dirigeante était présente dans les débats, illustrée dans le cri, « démocratie réelle maintenant ! », la question de la répartition des richesses l'était également. Cette intégration des valeurs et des revendications traditionnellement syndicales au sein du mouvement des indigné(e)s pourtant distinct (et même opposé comme nous venons de le voir dans ses pratiques et son rapport au politique) pose un certain nombre de questions. Pourquoi un mouvement distinct porte-t-il certaines valeurs syndicales ? Une collaboration entre le mouvement ouvrier et celui des indigné(e)s est-elle envisageable ? Comment expliquer la faible participation des travailleurs à ce mouvement ?

(4) Pour tenter de répondre à ces questions, il faut intégrer que, tout comme les NMS décrits par Melucci, le mouvement des indigné(e)s ne se revendique pas ouvertement d'identité de classe. Cependant, contrairement aux luttes féministes, régionalistes, étudiantes, celles de la contre-culture jeunes des années 1970 où la composante identitaire était très importante (affirmation en tant que femme, qu'étudiant, qu’habitant d'une région, ...) le mouvement des indigné(e)s apparaît plus « en construction identitaire ». Ceci est sans doute lié à la caractéristique déjà évoquée d'avoir été très hétérogène d'un point de vue social, mais aussi à une volonté explicite de convergence des luttes.

Le slogan célèbre des indigné(e)s américains, « nous sommes les 99 % », représente bien cette volonté d'intégrer une multitude contre « les secteurs les plus riches de la société, banques d'affaires et institutions financières, directions d'entreprise, dont les revenus sont outrageusement disproportionnés comparés à ceux des 99 % », soit « le reste de la population ». Angela David définit le mouvement comme une « communauté de résistance » et explique que « l'enthousiasme que suscite le mouvement Occupy repose sur sa capacité à composer l'unité en créant une nouvelle majorité à partir des anciennes minorités.»

En ce sens, le camp des indigné(e)s liégeoi(se)s se présentait plutôt comme une rencontre entre différentes identités tentant de s'accorder sur certaines pratiques et valeurs. Par exemple, la nourriture protéinée mais sans viande servie dans le camp convenait aux végétariens (les « Vegans »), aux musulmans, mais préparer ce type d'alimentation permettait aussi de sensibiliser les carnivores à la souffrance animale dans l'industrie agroalimentaire. Est-ce que cette rencontre entre ces identités différentes s'est faite facilement ? Bien sûr que non, de vives tensions se sont exprimées à propos de l'homosexualité par exemple. De même, à la longue, les assemblées étaient moins fréquentées par une partie des participants plus précarisés ou moins à l'aise avec le français. Ainsi, au-delà de la volonté de convergence des luttes, on peut voir à quel point cet objectif oblige tout un chacun à être dans un mécanisme d'auto-éducation permanente. Il faut accepter d'avancer en remettant en cause ses certitudes. Remarquons que ce qui se jouait était un peu le contraire de discussions politiques polarisées où les protagonistes cherchent bien plus à imposer leur point de vue qu'à intégrer celui de l'autre dans le leur.

Pour différentes raisons, le camp déménagera plusieurs fois du printemps à l’automne 2011. Après la Place Saint-Lambert, l’Esplanade Saint-Léonard, le jardin botanique et le site de l’ancien hôpital de Bavière, le campement, plus réduit, s'est installé au Thier-à-Liège vers le début du mois d’août 2011. À ce moment-là, le camp forme un « groupe de travail » du mouvement des indigné(e)s qui continue à faire des assemblées générales plus décentralisées (dans la salle d'attente du service chômage de la FGTB, en Pierreuse, ...). Beaucoup se mobiliseront pour défendre un sans-papier politique qui entame une grève de la faim sur le camp. Le dernier « post » sur le site prendlaplace.agora.be date du 29 août 2011, alors que des marches européennes d'indigné(e)s descendent d'Espagne jusqu'à Bruxelles en faisant beaucoup parler d'elles. Un an plus tard, le 12 mai 2012, près d'un millier d'indigné(e)s belges se retrouvent à Bruxelles alors qu'en Espagne ce sont des centaines de milliers d'indigné(e)s qui manifestent dans les grandes villes hispanique . Les tactiques des indigné(e)s changent, s'adaptent, prennent d'autres noms, se déguisent, les lieux de réappropriation changent, ... Cette remarque rencontre la caractéristique du mouvement d'être décentralisé, souple et toujours novateur.

Pour conclure, sans avoir eu l’occasion de développer les obstacles rencontrés par les indigné(e)s dans leur expérience politique concrète du consensus et de l'autogestion, on peut retenir que le mouvement des indigné(e)s se rapproche de la notion de « Nouveaux Mouvements Sociaux » telle que la définit Melucci, mais s'en éloigne sur la question identitaire et également sur leurs revendications portant sur la répartition des richesses, revendications traditionnelles des mouvements ouvriers. S'il paraît difficile de théoriser un tel mouvement, tant les forces qui le traversent sont diverses, cet éclairage permet cependant d'en comprendre certains enjeux clés. Le mouvement des indigné(e)s liégeoi(se)s représente, en quelque sorte, une forme mutante de l'engagement et de l'action politique qui a redonné vie au concept de démocratie directe, en l'actualisant au contexte d'un capitalisme financier mondialisé qui renforce les inégalités et surexploite les ressources naturelles.

On peut dès lors le replacer dans une constellation bien plus large, au cœur d’un mouvement mondial se manifestant sous diverses formes (dont on connaissait déjà les campements, les forums sociaux ou les centres autogérés) créant des expériences et des apprentissages militants ainsi que des connexions qui font évoluer l'histoire des mouvements sociaux et la lutte contre le capitalisme. Il est bien sûr très hasardeux de conclure, en mettant en perspective le sujet, un article sur un événement qui, s’il a pris fin à Liège sous la forme d’un camp, est toujours en cours sous d’autres formes et de par le monde. Au moment où je termine cet article, à quelques kilomètres de Nantes, à Notre Dame des Landes, une lutte pour la réappropriation de terres contre un projet d'aéroport d'une grande multinationale de travaux publics est en cours. N'est-elle pas, à bien des égards, dans ses valeurs et ses revendications, dans sa forme d'organisation, dans son rapport au politique, très semblable au mouvement des indigné(e)s ?


Bibliographie :
DAVIS Angela, « Les 99 % : une communauté de résistance », Indignés ! D'Athènes à Wall Street, échos d'une insurrection des consciences, textes rassemblés dans la revue Contretremps, La Découverte, Paris, 2012.
MELUCCI Alberto, « Société en changement et Nouveaux mouvements sociaux », Sociologie et sociétés, Volume 10, numéro 2, octobre 1978, p. 37-54 (http://id.erudit.org/iderudit/001496ar).
NEVEU Éric, Sociologie des mouvements sociaux, Paris, La découverte, 2005.
ROMANOS Eduardo, Les Indignés et la démocratie des mouvements sociaux, publié sur le site « la vie des idées.fr », le 18 novembre 2011 (http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html).

Sites internet cités :
http://prendlaplace.agora.be
http://bxl.indymedia.org
http://www.scoop.it/t/15m-marcha-bruselas

Pour terminer, je voudrais simplement remercier Pauline du CADTM, Marie, ainsi que l’équipe de l’IHOES pour leurs relectures.