IHOES PRODUCTIONS Articles / analyses en ligne
Collections
Productions
Historique
Infos pratiques
Contacts
Liens
Acteurs des Temps Présents : Prologue (analyse n°124, publiée le 11/4/2014)
Par Rosario Marmol-Perez

Le présent article a été répertorié dans la catégorie :
"Sensibilisation au pacifisme et aux résistances d'hier et d'aujourd'hui"

Il traite des sujets suivants :
Résistance (sujet principal)

Vous pouvez également télécharger le présent article sous format PDF (avec notes scientifiques, iconographie et mise en page) en cliquant ICI.

Pour citer cet article :

Rosario Marmol-Perez, « Acteurs des Temps Présents : Prologue  », Analyse de l'IHOES, n°124, 11 avril 2014,
[En ligne] http://www.ihoes.be/PDF/Rosario_ADTP_prologue.pdf.




« Si je devais prévenir un ami français ou d’un autre pays, de cette menace qui le guette aussi, je lui dirais qu’il y a une étape psychologique durant laquelle on a tendance à fermer les yeux, à ne pas vouloir voir ce qui arrive de terrible. C’est ce que nous avons tous fait ici. C’est ce que j’ai fait de même que ma famille et mes amis avant de perdre notre emploi. En résumé, nous n’arrivions pas à y croire. Vraiment, nous n’imaginions pas, il y a trois ans, avoir des élèves qui ont faim, des familles qui vivent dans des caves, des amis qui ont perdu leur emploi, des gens qui avaient acheté une maison et qui ne peuvent plus la payer. Ingénieurs, avocats, médecins, pas seulement les classes laborieuses. C’est pourquoi ce que j’aurais à dire à un ami français, ce serait : « Oui, regarde bien : attention !... Attention ! Ces choses-là arrivent brutalement, aussi vite qu’une tempête, comme c’est le cas pour nous. » Témoignage d’une Grecque, chimiste, enseignante dans un collège, au sujet de la crise en Grèce, extrait du film documentaire « Ne vivons plus comme des esclaves », de Yannis Youlountas sorti en Grèce en août 2013.

Faut-il encore citer les chiffres qui prouvent de façon irréfutable l’échec d’un système économique destructeur, dont la seule et unique « valeur » (purement marchande) véhiculée est l’accroissement exponentiel du profit au détriment de l’humain et tout ce qui nous permet de vivre décemment ? Jamais les richesses cumulées n’ont été si conséquentes et, de surcroît, concentrées dans les poches d’une « élite ».

Les mots dressés au-dessus de nos têtes comme autant d’épées de Damoclès : dette, crise, austérité, efforts, limitation, économies, dégressivité, remboursement, licenciements, rentabilité, productivité, charges patronales, exclusions, expulsions…

Ailleurs, la colère gronde déjà… Silence radio dans nos médias.

Pas un seul domaine d’activité qui ne soit touché : enseignement, soins de santé et d’aide aux personnes âgées, services publics, banques, mondes agricole, culturel, associatif, universitaire, secteurs portuaire, de la justice, des titres-services, de la métallurgie, de la construction, des transports… autant de producteurs de richesses et de bien-être plongés lentement mais certainement dans une précarisation des moyens de fonctionnement et/ou de subsistance.

Face à nous, une classe politique au langage technique et muet qui clame haut et fort son impossibilité à changer la donne : « Ce n’est pas nous, c’est l’Europe ! » Comme si le mot « Europe » était un corps autonome en soi, une forme d’autorité éminente contre laquelle nous ne pouvons rien. Un fatalisme forcé dans lequel s’invitent la haine raciale, le mépris des chômeurs, des pensionnés, des malades, des migrants, des plus fragiles… Un seul mot d’ordre : mettre fin à l’assistanat, dressant ainsi une frontière entre ceux qui peuvent encore et ceux qui ne peuvent plus, « marche ou crève »...

Insidieusement, dans l’esprit des « téléconsommateurs » passifs (que nous sommes), soumis à la vague de propagande la plus insidieuse ayant jamais existé, un nouveau langage phagocyte mémoire collective des luttes ouvrières et histoire sociale, détruisant notre passé et toute perspective d’un avenir fertile et solidaire. Détournement du vocabulaire, invention d’une novlangue et reconditionnement du champ lexical de nos vies.

Une nouvelle façon de penser, d’envisager l’autre, de détester celui qui « pèse » soi-disant si lourd sur nos vies si pénibles. Un imaginaire assiégé par le vide consumériste. Dociles et soumis, c’est ainsi que les marchands de vides (politique et culturel) nous veulent. Acculturation volontaire focalisant notre attention sur le voisin, l’immigré, le chômeur en tant qu’ennemi potentiel de notre bien-être et nous empêchant ainsi de nous poser les questions pertinentes et salvatrices, les vraies questions, celles qui nous permettent d’accéder à la vérité des rapport de classes qui influencent et déterminent tant nos vies, celles qui mettent le doigt sur les véritables injustices sociales, celles qui nous permettent d’inventer le monde que nous souhaiterions voir s’épanouir.

Autant de prises de consciences individuelles et collectives, autant d’initiatives et de résistances quotidiennes isolées et méconnues et, face à nous, cette urgence. Qui n’est pas la même, certes, si nous faisons partie des 55 000 chômeurs menacés d’exclusion à dater du 1er janvier 2015, ou si nous sommes encore du côté des travailleurs actifs protégés par un contrat décent. Pour combien de temps encore ? L’inquiétude est là, pour tous. Nous savons aujourd’hui que, pour la première fois depuis l’époque de la révolution industrielle, si nous ne faisons rien, nos enfants vivront moins bien que nous tant sur le plan économique qu’écologique.

Pouvons-nous encore attendre ?

Convaincus de l’urgence, Acteurs des Temps Présents, nouveau front social inédit regroupant agriculteurs, artistes, universitaires, jeunes, syndicalistes de tous secteurs, travailleurs du monde associatif et culturel, enseignants, travailleurs sans emploi… se sont fédérés autour d’une charte aux contours porteurs d’espoirs (voir ci-dessous).
Avec une volonté solide, celle de tracer les lignes de force d’une nouvelle société équitable, solidaire, respectueuse de l’humain, de l’environnement et de la nature.

Riches de différentes pratiques de terrain, de savoirs spécifiques et diversifiés, nourries de recherches scientifiques, d’expériences créatives, de structures militantes progressistes multiples, de militant-e-s et penseur-e-s de tous âges, les diverses rencontres ont donné raison à l’impulsion pressentie.
La conviction que ces actrices et acteurs de terrains ont tout à partager et à apprendre de ces expériences croisées, qu’ils et elles ont tout à mettre en œuvre pour favoriser l’émergence de nouvelles dynamiques collectives.

Un espace ?

Nos villes, nos quartiers, nos rues, nos écoles, nos lieux culturels, nos campagnes, nos universités, nos marchés, tous ces espaces publics où l’échange et la mise en commun peuvent encore s’épanouir. Décloisonner le silence imposé par des vies trop remplies et souvent sous la pression de conditions de travail pénibles et anxiogènes, de difficultés financières dont bon nombre d’entre nous ont honte de parler. Sortir de l’isolement pour enfin oser dire, discuter avec ceux et celles que nous croiserons en chemin. Une foule de petites actions, de gestes, de mots, d’échanges, de pas posés les uns après les autres pour oser prendre une nouvelle direction à construire ensemble, dans le respect des diversités et avec pour objectif primordial : œuvrer à défendre notre socle de valeurs communes. Car il y a urgence, l’offensive néo-libérale (capitaliste diront d’autres) est virulente et laisse peu d’espace à une démocratie sociale et économique.

Du 22 avril au 26 avril 2014, des colonnes de marcheurs sillonneront les routes simultanément afin d’établir le cadastre des scandales et des merveilles, toutes ces zones, usines, quartiers dévastés par le capitalisme et les multiples initiatives porteuses d’espoirs et de renouveau collectif.

Le but de la société n’est-il pas le bonheur commun ?



Rejoignez-nous :

www.acteursdestempsprésents.be

https://www.facebook.com/Acteursdestempspresents

facebook.com/acteursdestempspresents

#ADTP sur Twitter



Charte :
Nous, citoyens, citoyennes de tous horizons… déclarons d'une même voix :

Que la compétitivité et la rentabilité à tout prix nous tuent à petit feu.
Qu'elles vident de leur sens nos métiers et empêchent que l'on puisse en vivre dignement.
Que l'austérité est une réponse inacceptable à une crise financière que nous n'avons pas provoquée.
Que nous ne pouvons accepter de voir la démocratie confisquée par des institutions non élues.
Que la dégradation de notre qualité de vie et de l'environnement est incompatible avec la notion de progrès.
Que le manque de perspectives pour les jeunes et la peur du lendemain ne sont pas l'héritage que nous voulons laisser aux générations futures.

Dès lors,

Nous, acteurs et actrices des temps présents, unissons nos énergies pour tracer les lignes de force d'une nouvelle société plus juste. Nous mettrons en commun nos réflexions et mènerons ensemble des actions jusqu'au renversement du modèle économique actuel.