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L’apport de Rouge Métal à l’action et à la compréhension de l’activité des métallurgistes FGTB de Liège (analyse n°17, publiée le 20/12/2006)
Par l'équipe de l'IHOES

Le présent article a été répertorié dans la catégorie :
"Défense de la multi-culturalité, de la multi-ethnicité et de la citoyenneté"

Il traite des sujets suivants :
Syndicalisme (sujet principal)

Vous pouvez également télécharger le présent article sous format PDF (avec notes scientifiques, iconographie et mise en page) en cliquant ICI.

Pour citer cet article :

l'équipe de l'IHOES, « L’apport de Rouge Métal à l’action et à la compréhension de l’activité des métallurgistes FGTB de Liège », Analyse de l'IHOES, n°17, 20 décembre 2006,
[En ligne] http://www.ihoes.be/PDF/Apport_Rouge_Metal.pdf.


Introduction

L’étude Rouge Métal a été publiée en 2006 à l’occasion de la commémoration du centenaire de la Fédération des Métallurgistes FGTB de la Province de Liège-Luxembourg. Elle a été réalisée par l’Institut d’histoire ouvrière économique et sociale (IHOES) à la demande des dirigeants de cette organisation syndicale. Le public à qui cet ouvrage est adressé est prioritairement les adhérents de cette fédération. L’objectif est de présenter la manière dont elle s’est construite, processus qui passe par des luttes, des prises de position émanant de ses dirigeants ou de ses délégués en entreprise. Tout au long de ses 255 pages, cette étude permet de prendre conscience du rôle joué par les métallurgistes de la région liégeoise dans l’histoire sociale et institutionnelle de Belgique. L’histoire de cette fédération explique en partie le rôle prépondérant qu’elle joue au sein de la grande FGTB.

Cette place importante se matérialise de manière très visible dans l’instauration d’une nouvelle structure : les Métallurgistes de Wallonie-Bruxelles (MWB). Le fait que Nico Cué, ancien délégué de la Fabrique nationale, occupe le poste de secrétaire général est certes révélateur du rôle incarné par les syndicalistes liégeois mais, plus largement, il est intéressant de se tourner vers les combats et les principes portés par la nouvelle structure afin d’y mesurer l’empreinte des Métallurgistes.

La scission de la Centrale des métallurgistes de Belgique

Le 21 avril 2006, le congrès extraordinaire de la Centrale des métallurgistes de Belgique (CMB) accepte, avec 85,8 % de votes favorables, le principe de scinder l’instance en deux ailes autonomes chapeautées par une coupole fédérale. Cette scission de la CMB était demandée par le président des métallurgistes liégeois, Francis Gomez, depuis plusieurs années. Déjà en 2004, il affirmait que la régionalisation des compétences (emploi, matières économiques, formation, etc.) imposait une réorganisation du contre pouvoir syndical. Le 24 novembre, s’est tenu le premier congrès d’orientation politique et idéologique des Métallurgistes Wallonie-Bruxelles. Lors de celui-ci, Jean-Marie Musette, premier secrétaire des métallurgistes de la Fédération de Liège-Luxembourg, insiste sur le fait que : « La Belgique est fédérale, les compétences des Régions sont de plus en plus grandes. C’est une évolution inscrite dans le long terme. C’est le mûrissement d’un processus démocratique enclenché dans les années soixante, et ré-approuvé depuis chaque scrutin. C’est un chemin que nous, FGTB, avons indiqué ».

La personne qui trace ce chemin, c’est André Renard. Comme José Verdin le met en exergue dans Rouge Métal, il s’est battu pour instaurer le fédéralisme. Le leader syndical a la conviction que ce mode de fonctionnement est le seul qui puisse assurer le redéploiement économique de la Wallonie ce qui, pour lui, n’est pas possible avec le système unitaire belge. Cette critique est une contestation évidente des hommes politiques flamands qui, selon Renard, ne veulent pas de ce redéploiement. À travers, notamment, l’organe de presse du Mouvement populaire wallon (MPW) Combat, il « martèle dans ses colonnes les analyses et les enquêtes sur le bien fondé du fédéralisme et la justesse de la cause des travailleurs à défendre cette stratégie ». Les métallurgistes de Liège occupent une place prépondérante au sein du MPW. Ainsi, Robert Lambion, président des métallurgistes (ainsi que de l’ensemble de la FGTB liégeoise) occupe le poste de vice-président tandis que, plus tard, le secrétaire de la FGTB liégeoise, Jacques Yerna, joue un rôle important au sein du mouvement. Tout comme dans les années 60, les métallurgistes avancent la fédéralisation des compétences pour remédier à la situation économique. Dans cette optique, la scission de la CMB s’inscrit dans le processus amorcé par André Renard.

Francis Gomez use d’un autre argument pour justifier cette fédéralisation : le poids de la CSC au niveau du fédéral qui « ne cesse d’imposer (ou tenter de le faire) un type de syndicalisme qui n’est pas le nôtre ». Dans Rouge Métal, il est effectivement démontré que ces deux organisations syndicales mènent leur lutte de manière différente (l’affaire des sept de Cockerill, Cuivre et Zinc, etc.).

Les leitmotivs des Métallurgistes Wallonie-Bruxelles

Les différents leitmotivs et principes qui animent la Fédération des métallurgistes de Liège trouvent leur prolongement au sein des combats menés par les Métallurgistes Wallonie-Bruxelles. Le principe de l’indépendance syndicale, cher aux métallurgistes, est affirmé lors de la création des MWB. Celui-ci a d’ailleurs amené, selon Francis Gomez : « des ennuis avec les galaxies communiste, socialiste ou plus récemment écologiste ». Le fait que le président souligne le rôle des communistes n’est pas anodin car ils ont été et sont encore présents au sein des structures de la FGTB, comme le souligne Rik Hemmerijckx dans Rouge Métal. Après la Seconde Guerre mondiale, André Renard lutte pour obtenir l’exclusion des dissidents communistes du mouvement syndical. Dans la même lignée, la coexistence entre le Parti du Travail de Belgique et les métallurgistes FGTB liégeois n’a jamais été simple. Toufefois, le principe de l’indépendance syndicale a toujours été difficile à appliquer car le pouvoir politique constitue un relais essentiel. Cette difficulté apparaît lors de la création des MWB. En effet, après avoir adhéré au principe de l’indépendance politique, ils affirment dans le même temps, que pour assurer le succès de leur projet « Un levier politique nous permettant d’atteindre cet objectif peut être recherché en prenant appui sur le parti socialiste mais en suivant la logique de nos propres projets ». Cette phrase sous-entend toute la difficulté qui réside dans l’application du concept.

Les métallurgistes ont démontré à plusieurs reprises qu’ils veillaient au soutien de nobles causes en-dehors des frontières belges. Ainsi, en 1936, la Fédération participe à la campagne Los niños qui vise à venir en aide aux orphelins touchés par la guerre civile. De plus, déjà avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ils luttent contre la montée du fascisme et du nazisme. Dans la même optique, les Métallurgistes de Wallonie et de Bruxelles aident actuellement les syndicalistes ukrainiens à structurer leur action. Ce travail a débuté avec les travailleurs affiliés à la MACHMETALL (Machinebuilding and Metall) de la mécanique lourde de la Région de Kharkov. D’autre part, la MWB poursuit sa collaboration avec la SNTM, l'organisation syndicale métallurgiste cubaine. Cette union entre les Métallurgistes de Wallonie-Bruxelles et les Cubains a d’ailleurs été formalisée en octobre 2006 par la signature d'un contrat de partenariat et d'aide à la formation syndicale.

Les outils que les MWB entendent développer (site internet, presse, etc.) s’inspirent très largement de ce que les métallurgistes liégeois ont mis sur pied. Comme il a été démontré dans Rouge métal, la formation et l’information représentent de véritables piliers utiles à l’action et l’émancipation des métallurgistes. Ainsi, au niveau de l’information, les métallurgistes liégeois ont lutté pour assurer le développement d’une presse de gauche indépendante. Cette volonté s’est matérialisée par l’activité des journaux La Wallonie (1920-1997), Le Matin (1997-2001) et subsiste encore sous la forme d’une exploitation des nouveaux médias avec le site « 6com.be ».

Le chapitre IV de Rouge métal met en évidence les capacités d’adaptation des métallurgistes à la crise économique. La Fédération constate assez rapidement le déclin du bassin liégeois et se bat pour sa redynamisation. Cette lutte passe par une volonté de participer à des structures comme Technifutur et Meusinvest. C’est un des moyens que la Fédération a trouvé pour porter le fer où il le faut.

Les métallurgistes savent bien qu’ils évoluent dans un contexte d’avènement d’une sidérurgie mondiale qui provoque une diminution importante du nombre d’emplois. Cette tendance s’est matérialisée en 2006 par l’acquisition d’Arcelor, deuxième groupe sidérurgique à l’échelle planétaire, par le géant Mittal. Rouge métal met en évidence que cet achat s’inscrit dans un processus de mondialisation de ce secteur industriel déjà enclenché dans le passé. Il faut en effet remarquer que si Arcelor est devenu un nom familier dans le bassin liégeois, ce groupe était lui-même issu de la fusion d’Usinor, conglomérat français fondé en 1948, avec l'espagnol Aceralia et le luxembourgeois Arbed. Usinor avait fait son entrée au sein de Cockerill en signant une convention de partenariat stratégique le 1er décembre 1998, se substituant au nom de Cockerill qui était ancré dans le bassin liégeois depuis plus d’un siècle. L’ouvrage montre donc les prémices annoncées de cette mondialisation avec les mouvements de restructuration qui en découlent. Ces derniers, même si les nouveaux décideurs du groupe Arcelor-Mittal le démentent, se produiront, selon toute vraisemblance, dans un avenir proche.

Il est intéressant de noter que les métallurgistes remédient à cette perte d’affiliés inhérente à la crise. D’abord, ils ont exigé que de nouveaux secteurs émergents de l’économie en Wallonie adhérent aux métallos FGTB (un des meilleurs exemples est l’arrivée des membres du personnel de TNT chez les métallurgistes) ; Ensuite, ils ont recherché l’abaissement du seuil de présence au sein des PME. Les métallurgistes mettent en avant une situation nettement plus favorable aux organisations syndicales dans les autres pays européens. En effet, le seuil qui permet d’avoir des représentants dans les PME est fixé à 5 en Allemagne, 10 aux Pays-Bas et 15 au Luxembourg.

Rouge Métal, outil d’éducation permanente

À travers ces différents exemples, il apparaît clairement qu’aborder l’histoire des métallurgistes de Liège, à travers leur manière de mener la lutte ou en exposant la structure de cette Fédération, permet de mieux comprendre le programme et les principes des Métallurgistes Wallonie-Bruxelles. Les métallurgistes liégeois apportent leur savoir-faire et leur expérience à la nouvelle structure en reprenant des principes (indépendance syndicale) ou des outils qui ont prouvé leur efficacité à la Fédération (formation et information). Plus largement, l’ouvrage Rouge Métal permet de conscientiser les travailleurs à cette histoire et de leur montrer que la situation actuelle résulte de longs combats. Ce faisant, l’ouvrage rentre dans le cadre d’une démarche d’éducation permanente. Ce travail est d’autant plus nécessaire à l’heure où une restructuration importante de l’usine VW de Forest est annoncée en cette fin d’année.