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A propos de Castoriadis et de la démocratie (analyse n°44, publiée le 30/12/2008)
Par Jean-Marie Lange

Le présent article a été répertorié dans la catégorie :
"Analyse et évolution des discours politiques et économiques"

Il traite des sujets suivants :
Histoire politique (sujet principal)

Vous pouvez également télécharger le présent article sous format PDF (avec notes scientifiques, iconographie et mise en page) en cliquant ICI.

Pour citer cet article :

Jean-Marie Lange, « A propos de Castoriadis et de la démocratie », Analyse de l'IHOES, n°44, 30 décembre 2008,
[En ligne] http://www.ihoes.be/PDF/Lange_Castoriadis_democratie.pdf.


"Ce qui fait la Grèce, ce n'est pas la mesure et l'harmonie, ni une évidence de la vérité comme 'dévoilement'. Ce qui fait la Grèce, c'est la question du non-sens, ou du non-être." (C. Castoriadis)... Ce que les bouddhistes appellent la vacuité ou le néant.

Le mythe

Le philosophe Castoriadis imagine la société comme un ensemble à la fois rationnel et imaginaire. Dans sa pensée, la logique "ensembliste-identitaire" instrumentale constitue la structure formelle. Au structuralisme avec des dichotomies A/non A, des oppositions binaires (cru/cuit, libéralisme/utopisme, bien/mal, etc.), le penseur oppose le monde de la dialectique d'Héraclite où il n'y a pas de "...ou ...ou bien..." mais à la fois une chose et son contraire, à la fois l'être et le non être, le rationnel structuré et l'imaginaire créatif.

Le mythe - qui n'est pas à confondre avec l'inconscient freudien - est une formation de l'imaginaire social qui peut être lu à une pluralité de niveaux différents et dans un sens comme dans l'autre. Autrement dit, au-delà de la rationalité rassurante et des oppositions binaires du genre nature/culture ou permis/interdit, il y a un "magma" de significations du monde reposant - à l'instar des mythes grecs - sur un non sens, un fond d'a-sensé (l'abîme) pénétrant partout le sens. Il n'existe pas de lois sociales valables une fois pour toutes. C'est sur le fond nourricier de l'imaginaire social que se créeront la philosophie et la démocratie.

Quelles sont les validités de notre sphère culturelle socio-historique ? La science d'aujourd'hui n'est-elle pas aussi instituée que les croyances archaïques ? Comment avoir des preuves sur la validité d'un énoncé ? Peras, c'est la limite, l'achèvement, un terme grec proche de pera : l'expérience, le savoir, le connaître. Nous apprenons par l'expérience de vie que nous ne pouvons pas accepter une idée si auparavant on ne l'a pas mise soi-même en question.

Les mythes créent des significations aux portées contradictoires telles la science et la magie, l'oligarchie et la démocratie, les psychologues et les chamans, la culture de la forêt et la culture de la mondialisation économique, etc. Le socio-historique se crée à chaque fois particulier à partir de prémisses qui le dépassent. Les hommes ont inventé la production d'étincelles en frottant deux silex mais ils n'ont pas pour autant crée le feu. Les sociétés sont créées par les hommes mais non l'organisation de la nature, quelle que soit la culture qui va se développer.

Nous pouvons aussi transposer le mythe au niveau des idées et souligner que l'abîme chaos est la condition effective de toutes les formes possibles à venir. Il y a deux lectures au terme chaos, celle qui évoque le vide et celle de la soupe indifférenciée porteuse des différenciations ultérieures. Il s'agit pour la première interprétation de l'infini et pour la seconde de l'indéterminé, de l'inconnaissable.

Lorsque Anaximandre (école ionienne 610-547 av. J.C.) oppose le fini peras à l'infini apeiron, il place l'indéterminé comme principe de toute chose (l'arkhe), l'élément primordial indifférencié que l'on ne peut connaître (et qui ne doit pas nécessairement être une divinité anthropomorphique transcendante soucieuse de nos petits bobos).

L'apeiron est la cause de la naissance et de la corruption de tout, une sorte de réservoir de la matière d'où sortiraient et reviendraient tous les phénomènes et entités.

Pour le mythe grec, le monde sort du chaos et la vie en elle-même est un excès (une hubris). L'hubris est la rage de la transgression, la folie de l'existence de l'homme (l'autonomie) auquel s'oppose la dike (justice) qui est selon Sophocle la "passion instituante", le niveau sociopolitique de la démocratie (l'autogestion). Nous souhaiterions que l'ordre du monde ait un sens en harmonie avec nos aspirations religieuses, qu'il y ait une direction univoque et à la place, il y a une dialectique.

"Les individus et la collectivité ont à l'égard de ce qui est pour eux le divin ou le sacré une attitude qui ne relève pas de la représentation pure et simple. Il y a bien entendu toujours cet ensemble de représentations qui constitue la part dicible et descriptible d'une religion ; mais il y a aussi un mode d'être du sujet religieux à l'égard de ce que ces représentations, précisément, sont censées représenter, qui est de l'ordre de l'affect : c'est une réalité fondamentale pour toute religion. On prétend ainsi identifier les sociétés autres que celles de l'observateur à un ensemble de forces productives et de superstructures, à des systèmes de représentations - donc à ce qui peut être dit, décrit, et dans le cas des structuralistes, rangé dans un tableau avec des oppositions oui/non, droite/gauche, etc. C'est outrageusement faux : une société, c'est - bien entendu aussi à travers ses représentations - une façon de vivre le monde et de créer son propre temps, éventuellement de détruire le monde."

Les institutions

Les relations de pouvoir inscrites dans l'inconscient de l'homme feront dans la société l'objet d'une mainmise par certains individus sous le couvert d'une rationalité et d'une légitimité institutionnelle de la loi du plus fort, de l'exploitation de l'homme par l'homme, ces gens qui veulent à tout prix conserver le pouvoir et que l'on nomme institués de l'institution.

Toute société est construite sur une logique structurale et instrumentale mais elle comprend aussi une part d'imaginaire social. Nous ne saurions pas vivre ensemble entre êtres humains sans règles ni lois, mais le phénomène démocratique consiste justement en la mise en question permanente des lois monopolisées par l'institué et ses servants (politiciens, magistrats et gendarmes).

Le monde (cosmos) s'est construit sur l'indéterminé (apeiron) et retournera au chaos. Toutes les organisations sociales sont relatives à l'époque donnée mais leur mise en question également : autrement dit, il est nécessaire de relativiser aussi toutes les révolutions.

Les frères s'unirent pour tuer le père (pas nécessairement du patrilignage mais plutôt le leader qui s'accapare les richesses de la tribu) et constituer une société d'égaux. Le problème de cette poussée instituante, c'est que tôt ou tard, après la révolution, se fera la normalisation (institutionnalisation) puis un des frères - plus avide de pouvoir - prendra à son tour le contrôle de l'institution en devenant lui-même le père institué. Fidel Castro, Mao Zedong, Vancau et bien d'autres nous en montrent le processus historique.

Donc s'il est sain de résister à tout pouvoir qui s'impose, il est tout aussi saint et Esprit de ne pas croire que "Dieu est avec nous", autrement dit comme pour Iznogoud, d'admettre qu'une partie de nous-même veut devenir Calife à la place du Calife.

Il nous faut donc mettre en question l'apparente rationalité du discours institué (les programmes et plans d'avenir) mais aussi nos propres contestations. C'est bien pourquoi la non violence radicale doit animer tous les mouvements instituants. Mourir pour des idées est stupide d'autant plus que celles-ci seront périmées pour la prochaine génération. Un seul tué est toujours un mort de trop que ce soit contre l'avènement du goulag ou pour la lutte de l'Amérique contre les forces du mal (qui sont en vrac le Nicaragua, le Panama, l'île de la Grenade, le Vietnam, la Corée, l'Iran, l'Afghanistan, l'Irak et le Grand Duché du Luxembourg).

La représentation socialement validée du monde n'est pas le monde, la carte n'est pas le territoire et l'image "qui apparaît" sur CNN mais "ce qui est" (c'est-à-dire la souffrance vécue des victimes). Peu importe les factions politiques et autres croyances au jihad, aux dieux et aux bonnes raisons, même la sainte "opinion publique" et les sondages ne garantissent rien de la vérité. Le nomos est la loi posée par l'institué au nom des valeurs et de la culture de la tribu, mais c'est toujours une opinion/point de vue qui ne justifiera jamais une guerre tribale.

La résistance au fascisme

"Allah Akbar ! Il faut tuer les infidèles !", voilà un discours moyenâgeux dominateur qu'il y a moins de 200 ans les Chrétiens tenaient encore vis-à-vis de nous-mêmes les mécréants. L'imbécillité profonde de cette haine de la différence (liberté de pensée) qui se fonde sur une soi-disant tradition sacrée est telle qu'elle alimente en retour une bêtise réactionnelle tout aussi barbare, un racisme viscéral qui rassemble l'électorat du Vlaams Blok et le Front national fasciste en Wallonie.

Comme du temps du nazisme, il y a une alliance simplificatrice pour rejeter pêle-mêle tous les étrangers (particulièrement les Marocains à Anvers et Bruxelles) qui viennent chez nous avec un taux significatif de petites délinquances et utilisent nos écoles gratuites avec incivilités mais ainsi les politiciens affairistes qui étalent leur cynisme en ne se cachant plus pour faire de leur mission au service de la collectivité un détournement lucratif à transmettre à leur progéniture (népotisme) comme les autres despotes de l'histoire mais en déclarant - la main sur le cœur - aux médias inféodés qu'ils ne comprennent pas cette montée de l'extrême-droite.

Il y a le chaos et le non sens de l'apeiron qui fait que depuis des millénaires sans le conscientiser, les humains se forgent des institutions pour exorciser la mort et l'abîme. Lorsque l'on habille l'abîme d'une structure transcendante qui parle, alors ce n'est plus un grand vide angoissant. Les chrétiens comme les musulmans et pour un temps les marxistes en sont toujours restés là. Notons toutefois que la dernière croyance, le libéralisme, lui ne peut pas être assimilé à une croyance de consolation et/ou à un sauveur puisqu'il n'a pas d'autre doctrine (derrière Dieu et Bush) que l'exploitation barbare de ses semblables moins nantis (il tue tous les jours dans le tiers-monde par les lois du marché que l'on appelle là-bas "des famines dues à des guerres tribales") et à la destruction irréversible de la planète en refusant les accords climatiques et en achetant le droit de polluer aux peuples les plus pauvres.

Le mouvement démocratique ne consiste pas à remplacer une croyance par une autre (par exemple dans notre modernité le profond dégoût de tous pour cette mondialisation néolibérale d'inspiration américaine) mais à maintenir une position de résistance vis-à-vis de n'importe quel institué. Une mise en question permanente de l'institué est en soi une volonté constante de transformation de l'institution. Que l'on soit consommateur individualiste, requin néolibéral, nostalgique du rêve marxiste, conservateur judéo-chrétien ou abonné au courrier de l'ego de la psychanalyse n'y change rien... car il n'y a rien !

Au niveau des significations-représentations multiples des mythes, notons que le Tartare semble être proche du chaos. Dans ce non lieu du Tartare aux bourrasques sans fin, où il y a des pourritures et des moisissures, dans l'abîme sans fond, la terre plonge ses racines de tout ce qui existe. C'est une belle allégorie du terreau, substrat de matières organiques en décomposition sur lequel poussent les fleurs.

Ce qui différencie le projet grec de démocratie du bouddhisme par exemple, c'est que, dans la philosophie orientale, puisque tout n'est qu'illusion, il ne sert à rien d'agir (Wu-Wei)... donc laissons faire l'injustice courante.

La philosophie bouddhiste est très intéressante dans sa dimension psychologique de se détacher de nos tracas, mesquineries et culpabilité judéo-chrétienne mais est paradoxale dans sa conclusion du non-agir. Bien sûr, la reconnaissance de l'abîme, c'est aussi la reconnaissance que l'apparence n'est que l'apparence et/ou que l'opinion publique n'est qu'opinion mais la folie de Prométhée et des Grecs, c'est justement d'opposer à une attitude contemplative un comportement de lutte, d'affronter l'abîme et d'agir pour l'humanité car même s'il n'y a pas de sens, il y a existence et souffrance.

La désespérance mais le combat

La lutte du demos contre toutes les formes instituées du pouvoir, c'est aussi une lutte contre l'inertie de la tradition en dévoilant que la tradition d'une politique représentative est un leurre et que l'on pourrait restaurer cette philosophie antique de la participation démocratique en tirant au sort - sur l'agora - quelques citoyens pour représenter les autres dans un mandat limité (par exemple le jury d'assisse de l'affaire Dutroux).

L'agora est un espace public et commun ouvert à tous où le demos doit pouvoir discuter du logos de l'institué pour le soumettre à la critique de tous et le contrôler. "[...] Il suffit qu'un seul homme soit laissé dans la misère pour que le pacte civique tout entier soit nul ; aussi longtemps qu'il y a un homme dehors, la porte qui lui est fermée au nez ferme une cité d'injustice et de haine." Le projet grec, c'est l'autolimitation aussi bien de l'individu (qu'il soit consommateur ou politicien) que du collectif : "le demos doit se battre pour la loi encore plus que pour les murailles de la ville", dit Héraclite (fin du Vie siècle av. J.C.). Le terme loi ne doit pas être compris dans son dévoiement singulier (comme par exemple la loi sur la limitation de vitesse sur autoroute) mais dans un sens d'universalité pour l'intérêt de l'humanité entière, l'intérêt pour la vie et les mœurs de tous les habitants de la planète et non pour une tribu donnée selon ses normes historiques.

Il y a toujours une auto-institution permanente de la société et il n'y aura jamais de représentation réelle et définitive du monde et de l'existence, juste celle certaine du non-sens et de la diké (la justice de la mort) qui assure la destruction des mondes le temps venu (pour les Aztèques, nous sommes dans le cinquième monde après donc quatre cataclysmes planétaires).

L'autolimitation est spatiotemporelle, les civilisations meurent et même un Reich de 1000 ans est impossible. Le pouvoir social ne peut être confisqué par une seule personne ou par une catégorie économique particulière car il appartient à tous et à personne, de même pour l'accumulation d'argent (que ce soit Bill Gates, la Reine d'Angleterre ou ma vieille mère) que l'on ne peut emporter dans son cercueil.

Marx s'est centré sur le travail mais celui-ci n'est en fait qu'une institution parmi d'autres ; en effet, il existe des peuples sans travail. Le pouvoir doit être démythifié et désacralisé, l'humain est un instituant faisant partie d'une communauté instituée qui s'auto-institue en changeant ses lois selon la participation citoyenne ou non.

Le concept "dialectique" a été récupéré et trituré par Hegel d'abord, Marx et Mao ensuite pour en faire une sorte d'apologie consolante, dit Gurvitch. Cependant, si nous faisons retour à Héraclite et aux penseurs présocratiques en général, la dialectique et le Tartare sont des manières de penser très intéressantes car elles ouvrent nos horizons étriqués.

Là où les Grecs et le Bouddha font une découverte majeure, c'est bien dans ce cœur "qu'une chose porte en elle son propre contraire" et que la lecture superficielle conflictuelle d'une opposition en paire doit être dépassée dans un méta point de vue qui englobe les contraires, dit aussi Morin. En effet, il n'y a pas à choisir entre l'être et le non-être, entre le conscient et l'inconscient, entre le chaos du Tartare et le cosmos, entre l'hubris et la diké, entre le samsara (l'existence) et le nirvana (néant) ou encore entre le sens (les pseudo-faits) et le non sens (l'imaginaire) car ces paires coexistent "ensemble" comme le diable et le bon dieu et nier un des éléments revient en fait à en dissoudre l'autre.

"L'opposition de l'au-delà et de l'ici n'est pas pertinente, et on n'entre pas dans le nirvana comme dans un lieu ou dans une période... Le nirvana est la guérison de tous les tourments suscités par le désir - sans qu'il y ait à distinguer, comme le fit la tradition occidentale, entre les désirs corporels, suscitant des passions qui égarent et, d'autre part, un désir rationnel, celui qui anime la construction des systèmes conceptuels - les métaphysiques comme les sciences. Le bouddhisme nous paraît donc thérapeutique et pragmatique : tout y est subordonné à la cessation de la souffrance. Si l'exercice de la métaphysique y contribuait, il serait recommandé. Or cet exercice est inutile. Donc il est nuisible. Il n'est pas mauvais absolument (l'idée d'un mal absolu n'a rien de bouddhique) mais relativement."

La différence entre le bouddhisme et la pensée des Grecs anciens est dans une perspective stratégique, l'agir ou le non agir, et non dans le fondement "principiel" car pour les deux courants existent le non existant qu'on l'appelle nirvana/vacuité ou tartare/chaos. Pour les bouddhistes, puisqu'il n'y a rien, autant ne rien faire sinon de bien vivre l'instant et pour les Grecs de l'Illiade (notamment) savoir que même si l'après-vie est un cauchemar, il est toutefois important de combattre pour ne pas vivre de petitesses et d'ennui.

Les deux approches - à l'aune de l'évolution de la terre et de l'univers - ne sont que des broutilles de fourmis mais visent toutes les deux par un comportement à sortir de la souffrance, l'une par la méditation et/ou contemplation et l'autre par l'action. Faut-il vraiment choisir ? Mise à part les premières versions du bouddhisme appelées "petit véhicule" où le saint arhat se retire dans un monastère pour contempler son nombril et se "sauver" en laissant souffrir les non instruits, je pense qu'il n'y a pas de réelle contradiction lorsque l'on envisage le "deuxième véhicule" et le bodhisattva, tout particulièrement dans le zen social vietnamien de Thich Nhat Hanh, c'est-à-dire à la fois méditer et agir... de façon non violente.

La différence sensible est dans l'éthique, il ne s'agit pas de réinventer l'espoir et la foi après la désespérance, comme le développe si bien André Comte-Sponville, mais d'agir par solidarité avec les exploités (encore une croyance pourrait-on dire ?), non plus dans l'optique d'une lutte des classes sanglantes où les tués s'accumulent mais dans la perspective d'éviter un retour de cette barbarie que nos parents ont connue. Que ce soit le fascisme brun ou le stalinisme rouge, on s'en fout, l'important est de lutter contre les extrêmes qui dans notre modernité s'expriment par l'extrême-droite raciste et l'extrémisme religieux islamique et dont les braves gens du Sud comme du Nord sont les victimes. Peu importe donc que l'on s'habille selon la mode de ces vieux contemporains que sont Héraclite (550-480) et le Bouddha Sakyyamuni (v. 525) car ils nous indiquent tous les deux la voie du milieu : celle du sourire et de la vie qui se vit et non sévit.

Application politique du mythe grec

Cronos a renversé Ouranos, comme Zeus a renversé Cronos et un jour viendra où Zeus lui-même sera renversé, c'est-à-dire l'institué de l'époque.

S'il n'y avait pas eu des résistants lors de l'occupation nazie, le Troisième Reich de 1000 ans serait encore là. Mais il aurait été plus efficace d'empêcher le fascisme de s'installer ? Aujourd'hui tout le monde a peur du retour de "la bête immonde" (Brecht), cependant c'est malgré tout la bébête qui monte mais sous une autre forme, ce n'est plus le bruit des bottes mais le silence des pantoufles, que ce soit les extrémistes du Blok à Anvers ou du FN en Wallonie et de Le Pen en France.

"Le totalitarisme est un système social-historique à la fois proprement délirant et fortement investi d'un affect qu'il faut décrire comme tel : dans le cas du nazisme, un affect de victoire qui s'inverse immédiatement et visiblement en un désir de mort et de destruction de l'autre... Tout cela, d'évidence, s'applique aussi aux religions."

Les cordons sanitaires n'y changeront rien tant que l'on ne s'attaque pas à l'institué en place, c'est-à-dire au fonctionnement du système politique particratique cause directe du phénomène de rejet du citoyen qui - par dégoût et analyse sommaire - vote pour les "Messieurs Propre" qui vont nettoyer le clientélisme politique et la corruption du piston.

Pourtant il est encore temps de se lever de son fauteuil et de la vie virtuelle de la télévision pour se retransformer de consommateur en personne conscientisée. Des personnes capables de s'associer dans une solidarité responsable pour crier "non !" aux responsables permanents de l'institué et le secouer ainsi suffisamment pour qu'il pense à négocier pour un enjeu planétaire : la démocratie.

L'histoire est création de formes totales de vie humaine, des sociétés instituées à partir desquelles les nouveaux humains construisent de nouvelles formes de monde, de nouvelles sociétés instituantes.

La polis des hommes est un changement radical d'avec la loi transcendante qui fait que ce qui est juste ou non est déjà écrit et d'essence divine. Athènes, c'est l'autocréation de la démocratie : on est libre et on peut s'engager dans des projets mais on n'est jamais maître de leurs conséquences.

Aristote (383-323) réfute Platon (427-347) car pour lui, la démocratie est, de tous les régimes réalisables, le moins mauvais. Les hommes sont auteurs et responsables de leur loi, d'où l'autolimitation de la collectivité pour mettre des freins - en principe - aux débordements capitalistes de ses propres activités. Pour arriver à la fraternité, il faut d'abord limiter la liberté par la loi de la loi, la norme de la norme qui fera respecter l'égalité. Lorsque la démocratie dégénère et s'effondre sous la loi du marché, c'est le retour à la barbarie des seigneurs de guerre. On n'a nul besoin d'OGM pour les végétaux ni d'hormones de croissance pour les bestiaux qui sont stockés dans les pays riches, on a besoin d'une solidarité planétaire pour mieux répartir les richesses et contrôler la pollution effrénée des seigneurs de l'argent.

Nous ne pouvons pas être objectifs, nos choix y compris de recherches scientifiques dépendent de nos présupposés et de nos interprétations : celles-ci peuvent être diamétralement opposées entre néocapitalistes et néo-marxistes par exemple, nous disent les chantres de l'épistémologie critique comme Ricoeur, Habermas et Castoriadis.

Mais les bases de la démocratie s'opposent au fonctionnement oligarchique actuel qui a confisqué le concept "démocratie". On ne peut pas dire "un homme = une voix" et à la fois fonctionner avec une complicité politicienne à la solde de quelques nantis qui s'approprient les ressources naturelles et déclarent les guerres qui leur rapportent.