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L'école primaire de mes rêves (analyse n°45, publiée le 30/12/2008)
Par Danièle Massoz

Le présent article a été répertorié dans la catégorie :
"Mise en valeur de la laïcité et de la libre pensée"

Il traite des sujets suivants :
Éducation (sujet principal)

Vous pouvez également télécharger le présent article sous format PDF (avec notes scientifiques, iconographie et mise en page) en cliquant ICI.

Pour citer cet article :

Danièle Massoz, « L'école primaire de mes rêves », Analyse de l'IHOES, n°45, 30 décembre 2008,
[En ligne] http://www.ihoes.be/PDF/Daniele_Massoz-Ecole_primaire.pdf.


Préambule (par Micheline Zanatta)

L'Institut d'histoire ouvrière, économique et sociale trouve beaucoup d'intérêt à la question des choix de pédagogie, alors que l'instruction continue d'être un enjeu capital pour les catégories sociales modestes. Nous possédons d'ailleurs dans nos collections des archives liées à certaines expériences pédagogiques.

Ainsi, la revue Recherches pédagogiques, éditée dans les années 1930 par le Personnel enseignant socialiste de Liège sous la direction de Théo Dejace, développe les idées et initiatives de ce groupe en rapport avec la pédagogie Freinet. De même, un autre fonds rassemble des archives du groupe de pédagogie d'Angleur qui, en compagnie d'Andrea Jadoulle, de la Centrale du personnel enseignant et du laboratoire de psychologie, a mené des expériences pédagogiques liées à la méthode Decroly.

Il y a plus ou moins 100 ans...

Le début du XXe siècle en Europe fut marqué par de nombreuses expériences en matière d'éducation, que ce soit à Bruxelles avec la fameuse "méthode Decroly" ou à Rome avec la pédagogie développée par Maria Montessori, en passant par les "écoles Waldorf" en Allemagne, la classe primaire de Freinet à Bar-sur-Loup dans les Alpes maritimes, l'expérience pédagogique conduite à Iéna en Allemagne...

Dans une large mesure, toutes ces expériences du siècle passé sont encore d'actualité de nos jours... A tel point qu'il serait dommage de ne pas en prendre de la graine pour développer de nouveaux systèmes éducatifs.

Le présent article est donc divisé en deux parties qui se recoupent : la première (ci-dessous) reprend de manière succincte diverses méthodes ou pédagogies développées au siècle dernier. Quant à la seconde partie, elle s'inspire de ces méthodes pour construire ce qui correspond à "l'école primaire de mes rêves"...

Ovide Decroly (1871-1932), médecin belge, fonde en 1901 à Bruxelles, un institut d'enseignement spécial où "tous les pensionnaires se révèlent capables de réaliser des progrès suffisants pour que Decroly (...) puisse affirmer leur éducabilité et même une éducabilité de nature identique à celle des enfants normaux, au rythme et aux limites près. Il aura bientôt l'occasion de le démontrer. En 1907, des parents attentifs aux travaux de Decroly lui demandent d'accueillir leurs enfants tout à fait normaux, sept garçons et filles de tous âges, dans une seconde école ; c'est le célèbre "Ermitage", en plein coeur de la ville, mais qui fut transféré en 1927 dans un quartier à la fois rustique et forestier de la proche banlieue bruxelloise." Il y développe un principe : "l'école dans la vie", le mot "vie" ayant différents sens. "Dans un premier sens, une vie d'homme ou de femme est la part de bonheur et de réalisation de soi réservée à chaque individu, ou, au contraire, sa détresse existentielle. (...) Dans un deuxième sens, il faut se rappeler que l'enfant est un être vivant, au sens biologique du terme; il a un corps, des sens, des besoins physiques et affectifs. Avant d'être un penseur penché sur son livre et son crayon, il est un être en pleine croissance dont le développement moteur exige une intense activité pratique. (...) Dans un troisième sens, presque écologique, la vie se construit dans les échanges avec le milieu. (...) Dans un quatrième sens, particulièrement cher à Decroly, on trouve l'appartenance de l'homme à la chaîne du vivant. En associant les étapes de la croissance à des milieux de plus en plus complexes, de la nature à la grande ville moderne, l'éducation plonge l'enfant dans le flux de la vie et dans l'évolution même de son espèce. (...) Et dans la dernière acception du mot vie, on retrouve le rôle politique et social que chacun pourra soit subir passivement, soit assumer volontairement."

Maria Montessori (1870-1952), première femme médecin italienne, vit "une expérience décisive lorsque, observant un jeune enfant dans une école, elle le voit tellement concentré sur une activité, sur une tâche qui consiste simplement à remplir et vider des cylindres qu'elle comprend que le rapport au monde de l'enfant est un rapport par lequel l'enfant veut apprendre du monde et non le modeler." "C'est cela qu'il faut reproduire à l'école parce que c'est cela qui permet à l'enfant d'"absorber" le monde à travers cette "absorption" de construire à la fois son intelligence et sa personnalité." Elle crée en 1907 la "Maison de l'enfant" dans un quartier pauvre de Rome où elle élabore un vrai système pédagogique cohérent autour de principes fondamentaux : donner aux enfants un cadre sécurisant, leur permettant de faire la paix avec eux-mêmes, de les aider à se concentrer sur des objets, de se dégager de leur tumulte intérieur pour être disponibles à des connaissances qu'ils construisent progressivement.". Maria Montessori a une devise "Aide-moi à le faire seul" qui est la base d'une véritable pédagogie de l'autonomie développée dans l'éducation et par l'action de l'enseignant.

Rudolph Steiner (1861-1925), philosophe croate, est le fondateur du mouvement anthroposophique qui trouve des applications dans de nombreux domaines : l'éducation, la médecine, l'agriculture, l'architecture... Il met en pratique ses idées sur l'éducation dans une nouvelle école inaugurée le 7 septembre 1919 pour 256 élèves, issus essentiellement de familles ouvrières travaillant à la fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria de Stuttgart (Allemagne). Il s'agit de la première "Libre Ecole Waldorf", établissement d'éducation mixte du primaire et du secondaire. A la base "se trouve la conception que chaque être humain est corps (dimension physique), âme (dimension psychique) et esprit (dimension spirituelle). (...) Il importe donc que l'éducation donne une nourriture appropriée à l'enfant, à chaque âge, du point de vue de ces trois dimensions."

Célestin Freinet (1896-1966), instituteur français, est nommé, en 1920, instituteur adjoint dans une école à deux classes à Bar-sur-Loup dans les Alpes maritimes. "C'est sans doute son expérience de la guerre 14-18 qui fait basculer Freinet vers la quête tenace d'alternatives professionnelles, politiques et culturelles. (...) Il s'inscrit en effet dans la dynamique de ceux des anciens combattants qui dénoncent la guerre et contestent l'ordre établi." Les aspects majeurs de la pédagogie Freinet sont "l'école doit être l'école du peuple" avec "la très grande permanence dans le refus de la scolastique et l'action militante en faveur de situations scolaires qui aient du sens pour la totalité des élèves, des pratiques scolaires qui invitent à des savoir-faire autant qu'à des savoirs, la volonté d'une éducation du travail". On y trouve également une place importante accordée au tâtonnement expérimental, aux méthodes naturelles, à la libre expression... L'école doit aussi être centrée sur l'enfant, membre de la communauté et sujet social. Les trois grands principes à la base de la pédagogie Freinet sont "le matérialisme pédagogique (ce qui transforme le climat de la classe, ce sont d'abord les outils et les techniques qu'on y introduit), la vie coopérative avec son conseil de coopérative et la personnalisation des apprentissages (le travail formateur a lieu quand l'enfant organise et conduit ses propres recherches)." Quelques maximes illustrent bien la pédagogie Freinet : "Ne vous obstinez pas dans l'erreur d'une pédagogie du cheval qui n'a pas soif" ou "C'est en forgeant qu'on devient forgeron".

Issu de la Ligue internationale de l'éducation nouvelle, le G.F.E.N. (Groupe français d'éducation nouvelle) a été créé en 1922 à l'initiative de savants et d'éducateurs qui, au sortir de la première guerre mondiale, ont ressenti l'urgence de lutter contre l'acceptation fataliste par les hommes, de la guerre comme solution. L'un de ses principes fondateurs était : "L'éducation nouvelle prépare, chez l'enfant non seulement le futur citoyen capable de remplir ses devoirs envers ses proches et l'humanité dans son ensemble, mais aussi l'être humain conscient de sa dignité d'homme". De nombreux éducateurs, au sein du G.F.E.N., ont nourri leur recherche de la pensée de précurseurs universels tels que Rousseau, Pestalozzi, Jacotot, Montessori, Decroly, Makarenko, Korczak, Bakulé, Freinet, Piaget, Freire. Paul Langevin, Henri Wallon, Gaston Mialaret, Robert Gloton, Henri Bassis, qui ont été présidents ou vice-présidents, ont également contribué à forger l'identité actuelle de ce mouvement de recherche et de formation en éducation. C'est dans la recherche obstinée de cohérence entre valeurs, comportements et pratiques, que le G.F.E.N. n'a cessé d'œuvrer, sur les champs de l'enfance, de l'école, de la formation, comme dans tous les lieux où se construisent des savoirs, pour créer les conditions concrètes de la réussite de tous. Les situations et les conditions nécessaires pour que les contenus de savoir et de formation ne soient plus simplement transmis comme produits finis - pseudo-évidences qu'il faut accepter - mais construits par le sujet lui-même, prennent corps dans la notion et la pratique de "démarche d'auto-socio-construction des savoirs" : c'est dans un processus intégrant raison et imaginaire et s'inscrivant dans l'espace plus large du "projet" que chacun est amené à chercher, se questionner, élaborer, créer, structurer, en confrontation avec les autres, mettant en acte toutes les potentialités cognitives et créatrices dont il est authentiquement porteur, devenant ainsi (en se transformant lui-même) auteur de sa propre formation.
Le G.B.E.N. (Groupe belge d'éducation nouvelle) est fondé en 1985 et partage les grandes options du G.F.E.N. comme "Tous capables", "Tous chercheurs" et "Tous créateurs".

Peter Petersen (1884-1952), philosophe allemand, professeur à l'université d'Iéna, "travaille toute sa vie sur une vaste réforme du système éducatif que l'on nomme, en général, "Plan d'Iéna" (expérience pédagogique conduite à Iéna en 1927). Il s'agit de centrer l'enseignement sur le développement de l'enfant, d'intégrer les apprentissages cognitifs, psycho-moteurs et socio-affectifs, de s'intéresser à la motivation comme à la socialisation, d'associer des moments de communication entre pairs avec des temps de travail individualisé respectant le rythme et les besoins de chacun. Petersen promeut des formes de "classes verticales" où l'entraide est systématiquement valorisée..." Pour ce dernier, "il s'agit de transformer fondamentalement la façon de vivre à l'école prise dans sa totalité. C'est seulement lorsque la vie même de l'école est transformée jusque dans ses fondements que l'enseignement qui y est prodigué peut devenir un enseignement rénové."

... Et aujourd'hui, qu'en est-il ?

Le "Décret-missions" voit le jour, en Communauté française de Belgique, en 1997. Y sont, entre autres, définis quatre objectifs prioritaires assignés à toutes les écoles fondamentales et secondaires de l'enseignement subventionné ainsi que l'obligation pour les pouvoirs organisateurs et les écoles de définir, en cohérence, leur "projet éducatif", "projet pédagogique" et "projet d'établissement".

Est-il possible de faire une lecture des recommandations officielles actuelles en intégrant la philosophie et les pratiques prônées par certains des tenants des pédagogies actives et de l'éducation nouvelle ? C'est en me pliant à cet exercice que j'ai tenté de voir si "L'école primaire de mes rêves" pourrait voir le jour aujourd'hui.

C'est donc à partir de ces recommandations que je vais élaborer mes propres projets éducatif, pédagogique et d'établissement.

La philosophie sous-jacente à ces projets implique, pour moi, que l'enseignant ne soit plus le "maître", mais un stimulateur d'apprentissages, un coopérateur, un observateur des comportements des élèves à tous les niveaux de leur développement, un accompagnateur, une personne-ressource, un "donneur de coups de pouce". Il doit toujours être là pour relancer les apprenants de manière efficiente et ne pas les laisser "le bec dans l'eau".

En rapport avec l'objectif prioritaire n°1 du "Décret-Missions" : "Promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves", mes valeurs seraient "Se respecter, respecter les autres. Etre bien physiquement et psychologiquement".

Pour ce faire, je construirais une école inspirée de Steiner avec son souci d'une architecture de qualité et donc du bien-être psychologique et physique par les formes arrondies, le choix des matériaux, l'attention apportée aux couleurs, la luminosité des espaces... Je lui emprunterais, ainsi qu'à Montessori, son désir de fournir un environnement stimulateur d'apprentissages en proposant un matériel scolaire adapté à chacun, structuré, esthétique et objet de respect. Les cours de récréation, les réfectoires seraient des lieux conviviaux où il fait bon jouer, se détendre, manger... Des espaces de relaxation seraient aménagés pour permettre à tous ceux (adultes comme enfants) qui le désirent de se reposer, ne fut-ce que quelques minutes au cours de la journée.

Ce "décor" planté, je diversifierais les activités pour assurer un équilibre entre les développements intellectuel, physique, socio-affectif et artistique des enfants tels que le prônent toutes les pédagogies "nouvelles". J'y ajouterais la sensibilité propre à Steiner d'une conscience des influences de notre planète et de notre histoire sur nos comportements actuels.

Les classes de l'école de mes rêves seraient verticales, comme celles de Freinet, du G.B.E.N. et de Petersen pour favoriser les conflits socio-cognitifs entre élèves de compétences et d'âges différents, pour vivre plusieurs années ensemble et apprendre à se connaître et pour créer une sorte de famille où chacun peut avoir des rôles complémentaires à jouer.

L'objectif prioritaire n°2 : "Amener tous les élèves à s'approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle" serait sous-tendu par les valeurs suivantes : "Apprendre à apprendre. Etre autonome. Etre responsable. Etre capable d'initiative. Gérer son temps".

J'emprunterais au G.B.E.N. son parti-pris "Tous capables" et son rejet du redoublement et des évaluations sommative et certificative en tant qu'outil de sélection. Avec lui, ainsi que Decroly, Freinet et Steiner, les évaluations seraient uniquement qualitatives et formatives et comprendraient des autoévaluations ainsi que des allo-évaluations. Elles porteraient sur le développement intellectuel et socio-affectif, mais aussi psychomoteur ou physique comme pour Steiner et Decroly.

La scolarité primaire se clôturerait par la réalisation d'un chef-d'œuvre comme Freinet, Steiner et le G.B.E.N. à sa suite le prônent. J'y associerais, comme ce dernier, l'aide de parrain et/ou marraine adultes autres que les parents qui mettent l'enfant dans une relation intergénérationnelle hors-école de construction des savoirs.

La réussite du chef d'œuvre serait, bien entendu, le résultat des apprentissages réalisés dans tout ce qui aurait été travaillé en amont avec les enfants. Il s'agirait :

- des plannings qui, pour Freinet, permettent aux enfants d'être maîtres du temps et donc de ne pas simplement subir les décisions des adultes ;
- des projets individuels, de groupe et parfois de la classe qui globalisent et fonctionnalisent de nombreux apprentissages et font vivre l'interdisciplinarité ainsi que la réalité de la vie dans toute sa complexité ;
- chaque fois que cela s'avèrerait utile et nécessaire, les apprentissages se construiraient, comme pour le G.B.E.N., à partir des représentations des enfants et de "vrais" défis seraient proposés en auto-socio-construction dans le plaisir et l'envie de les solutionner en étant toujours tous gagnants. Ils pourraient, à certains moments, se réaliser en petits groupes verticaux ou horizontaux, dans le cadre de plans de travail qui viseraient tant au développement individuel que coopératif des élèves via le tutorat notamment. Ces derniers seraient négociés dans leur contenu et leur temps de réalisation entre l'enseignant et chaque élève ;
- l'apprentissage de la lecture et des mathématiques serait, comme pour Freinet, "naturel" ou fonctionnel et s'appuierait, comme les autres apprentissages, sur le tâtonnement expérimental ;
- les "surprises" de Decroly avec l'ouverture sur l'extérieur, le développement du sens de l'observation, la précision du langage oral, les associations dans le temps et dans l'espace c'est-à-dire à l'histoire et à la géographie, la diversité des modes d'expression que suscite leur découverte seraient exploitées et déboucheraient, à certains moments, sur des projets ;
- quant aux "conférences ou aux exposés interactifs" de Freinet, Decroly et du G.B.E.N., ils seraient réalisés régulièrement et essentiellement grâce aux trésors de la B.C.D. de l'école ;
- comme pour Freinet, Decroly et Steiner, le contact avec les animaux et les végétaux, via l'élevage et la culture, permettrait aux enfants de développer leurs connaissances du monde vivant dans lequel nous évoluons ;
- la démarche scientifique de Decroly serait développée le plus fréquemment possible pour ouvrir l'enfant sur le monde qui l'entoure ;
- comme Steiner, dans certains cas, la mémoire kinesthésique et celle des images seraient les synthèses à garder des notions et concepts travaillés seraient couchées dans des cahiers dont le contenu serait défini avec et par les enfants, mais la mise en forme assurée par l'enseignant afin qu'elle soit précise, correcte et structurée. Ces documents seraient aussi des œuvres d'art personnalisées par chaque enfant, comme chez Steiner, et de vrais référentiels utilisables à tout moment. Ils suivraient l'enfant dans son cursus scolaire et seraient actualisés tout au long de celui-ci ;
- le développement artistique serait assuré par toutes les formes d'expression "libres", mais aussi par la réalisation de pièces de théâtre conçues entièrement par les enfants comme chez Freinet, Decroly et au G.B.E.N. ;
- comme Petersen, des temps d'activités libres seraient prévus pendant lesquels les enfants auraient le droit de ne rien faire ou de s'adonner, seul ou en groupes, à des activités très diversifiées ;
- comme pour Steiner et le G.B.E.N., des moments de relaxation, de reconcentration... via l'eurythmie, les mandalas... seraient prévus aux moments opportuns ;
- l'école serait, comme pour toutes les pédagogies actives, ouverte sur l'extérieur et à l'extérieur à travers des activités inter-classes, la réalisation d'un journal, de correspondances, de voyages, de rencontres de personnes sur leur lieu de travail... ;
- les devoirs seraient, comme pour Freinet et le G.B.E.N., libres et à choisir dans un éventail très large ainsi que réalisables de manière autonome par l'enfant.

Quant au troisième objectif prioritaire "Préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d'une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures" que j'ai été tentée de mettre en première position, je lui associe les valeurs suivantes : "Vivre la démocratie, la cogestion, l'autogestion. Savoir communiquer, être sociable. Avoir un esprit critique. Coopérer, être solidaire. Etre tolérant".

Pour les atteindre, il importe que tous les enfants apprennent à se connaître et à communiquer efficacement, ce qu'ils pourront découvrir et mettre en application à travers différentes techniques qui seraient travaillées avec eux.

Ces dernières seraient également exercées par la mise en œuvre de certaines pratiques comme :

- les conseils de classe et d'école chers à Freinet, Decroly et au G.B.E.N. ;
- la boîte à disputes du G.B.E.N. et sa pratique systématique de présentation de leur école aux visiteurs par les enfants, tant sur le plan philosophique que des pratiques, ce qui favorise chez eux l'explicitation et donc l'appropriation des valeurs propres à leur établissement ;
- les tableaux des charges et autres prises de responsabilité comme les parrainages entre enfants...

Quant aux parrainages entre enseignants anciens et nouveaux comme chez Decroly, aux préparations coopératives des activités du lendemain et des jours qui suivent par l'équipe éducative à l'école même, comme au G.B.E.N. et aux "vraies" concertations organisées chez Freinet, Steiner, Petersen... ils seraient autant d'atouts pour cimenter toutes les briques posées par chaque enfant et chaque enseignant.

Le rôle de la direction serait surtout de coordonner toutes ces actions, d'assurer que tous les membres de l'équipage naviguent dans le même sens et donc d'être le garant du projet d'établissement.

Les parents seraient clairement informés des valeurs et pratiques propres à l'école et ils trouveraient des réponses argumentées à leurs questions. Ils pourraient ainsi, eux aussi, naviguer dans la même direction que tout un chacun dans leur participation à la vie de l'école comme à l'extérieur.

Et si j'étais vraiment une magicienne, j'ajouterais à cette école de mes rêves l'apprentissage d'une autre langue par la pédagogie immersive qui est une méthode naturelle car y a-t-il une meilleure manière de s'ouvrir aux autres cultures que d'en parler la langue ?

Ce qui nous amènerait, par voie de conséquences, à atteindre l'objectif prioritaire n°4 : "Assurer à tous les élèves des chances égales d'émancipation sociale" dont la maîtrise est loin d'être assurée par les pédagogies traditionnelles (qu'elles soient fermées ou encyclopédiques). Il suffit de voir les résultats de l'enquête Pisa qui démontrent, une fois de plus, que l'origine socio-économique est déterminante dans la réussite de nos élèves et que notre enseignement est particulièrement sélectif, ce que je trouve particulièrement dramatique en ce début de XXIe siècle. Il serait temps aussi que nos 10-12 ans ne répondent plus massivement "32 ans" à la question "Sur un bateau, il y a 26 chèvres et 6 moutons. Quel est l'âge du capitaine ?" !

Pour résumer, mes maîtres-mots sont ouverture et souplesse, mais aussi organisation et structure, structure sociale et cognitive, mais aussi dans le temps et dans l'espace. Il est urgent, en effet, que l'expression "pédagogies actives" ne soit plus associée à l'agitation corporelle de l'enfant et que l'on ne retire plus certains enfants des écoles actives sous prétexte qu'il leur faut un enseignement structuré, ce qui serait, pour certains, une caractéristique spécifique à l'enseignement encyclopédique ou fermé !!

N.B. : comme tout ce que je fais est évolutif, il en est de même pour ce texte. Vos réactions m'intéressent donc. Vous pouvez me les faire parvenir par e-mail : danmassoz@hotmail.com.