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Liège 1939, année internationale de l'eau (analyse n°50, publiée le 22/7/2009)
Par Jean-Pierre Keimeul

Le présent article a été répertorié dans la catégorie :
"Valorisation de la culture populaire, entre héritage et renouvellement"


Vous pouvez également télécharger le présent article sous format PDF (avec notes scientifiques, iconographie et mise en page) en cliquant ICI.

Pour citer cet article :

Jean-Pierre Keimeul, « Liège 1939, année internationale de l'eau », Analyse de l'IHOES, n°50, 22 juillet 2009,
[En ligne] http://www.ihoes.be/PDF/Exposition_eau_Liege_1939.pdf.


Un barrage au passéisme, une mémoire pour demain...

Inaugurée le 20 mai 1939 au cœur de l’île Monsin, la splendide et populaire Exposition internationale de l’Eau à Liège accueillit en trois mois un million de visiteurs, réunissant les terrils et les hommes, le fleuve et la liberté... Son impact fut international, à tel point que les revues d’architecture de l’époque firent des comparaisons élogieuses avec les expositions de Moscou et de New York qui eurent lieu la même année.

A certains égards, l’exposition de l’eau de 1939 peut être également mise en parenté avec l’exposition de l’eau organisée à Saragosse du 14 juin au 14 septembre 2008. L’exposition espagnole avait en effet pour thème « L’eau et le développement durable » et fut, tout comme sa vieille homologue liégeoise, une occasion de mettre en lumière l’importance vitale de l’eau en terme d’énergie, de consommation, d’outil de développement et de communication.

La manifestation liégeoise constitua une des dernières périodes de calme avant la tempête... Le contexte politique de l’époque reposait en effet sur une véritable poudrière : guerre civile en Espagne, montée du rexisme en Belgique, invasion de l’Albanie par Mussolini (7 avril), pacte « d’acier » entre l’Allemagne et l’Italie (22 mai)...

La situation internationale eut d’ailleurs d’importantes répercutions sur les participations à l’exposition. Ainsi l’Albanie récemment envahie, un des premiers pays à avoir répondu à l’invitation liégeoise, ne fut pas représentée : son palais, resté vide de toute délégation, fut reconverti en bar chic pour les « VIP » de l’époque.

Il convient également de noter que les pavillons des pays présents à l’exposition1 trahissaient les aspirations étatiques du moment... La position des pavillons allemand et français constituait à elle seule tout un symbole : sur le site de l’exposition, les deux palais se faisaient face. L’ Allemagne du IIIe Reich avait pour ambition de transformer l’exposition liégeoise en vitrine économique, son office du tourisme vantant – exemple parmi d’autres – la construction d’autoroutes. La France, quant à elle, avait largement soutenu la mise en place de l’exposition liégeoise, tant politiquement que financièrement : la municipalité de Paris vint même visiter les chantiers tandis que Le Corbusier fut pressenti pour être le grand « maître d’oeuvre » de l’événement, bien que cette idée ne fut pas concrétisée. Quant à la Belgique, elle appliquait une politique de neutralité frisant la schizophrénie, ne voulant à aucun prix déplaire à l’Allemagne ni contrarier le Führer.

Sur un plan plus national, l’exposition de l’eau avait pour ambition de consolider un tant soit peu l’économie belge dans un moment de crise, au travers de grandes – voire de gigantesques – réalisations comme l’ouverture du canal Albert, dont l’inauguration eut lieu en plein milieu de l’événement...

Un hymne à la Meuse

Bénéficiant d’un socle fluvial, l’exposition glorifiait avant tout la Meuse : une « Meuse » de 180 mètres de large sur une longueur de deux kilomètres et intégrée à l’exposition. Le fleuve se découvrait en téléphérique ou en bateau et se transformait à un endroit en piscine olympique. L’expression « jardins d’eau » fut d’ailleurs créée lors de l’exposition... Au sein de l’exposition comme en ville, les fontaines se multiplièrent.

L’exposition couvrait d’immenses terrains situés en pleine ville à la jonction de la Meuse et du canal Albert qui venait juste d’être terminé, après neuf ans de travaux et le travail de 12 000 ouvriers. Elle se répartissait sur les deux rives de la Meuse autour d’une nappe d’eau de plus de 30 hectares. Le canal Albert fut inauguré en grande pompe le 30 juillet en présence de la famille royale. La gestion du canal fut ensuite confiée à l’Office de la Navigation, créé en 1928.

Le « Grand Liège » aux origines de l’Exposition internationale de l’eau

L’exposition de 1939 trouve en partie son origine trois ans plus tôt dans les revendications régionalistes wallonnes et dans l’idée du « Grand Liège ». Le 28 septembre 1936, les fêtes de Wallonie en Outremeuse furent l’occasion d’inaugurer la statue de Tchantchès du sculpteur Joseph Zomers. Étaient alors présents parmi les notables le bourgmestre libéral Xavier Neujean, l’échevin socialiste des Travaux publics Georges Truffaut ainsi que Jules Mathieu, parlementaire de Nivelles, socialiste et militant wallon.

Dans son discours d’inauguration, Jules Mathieu voyait en Tchantchès une figure libre tenant tête à Charlemagne, une sorte de pendant wallon du Flamand Uilenspiegel. Le parlementaire imaginait les deux symboles régionaux se télégraphiant dans un esprit de respect mutuel de leur région...

C’est au lendemain de ces fêtes de Wallonie de 1936 que naquit l’idée de l’exposition de l’eau. Un groupe d’amis, réunis à « la Maison wallonne » rue Hors-Château, discutèrent alors de la notion de « Grand Liège ». Il s’agissait de mettre toutes les forces vives de la région (politiques, économiques, médiatiques...) autour d’un projet commun de valorisation de la région liégeoise.

Vint alors l’idée, émise par Georges Truffaut, de mettre en oeuvre à Liège une grande exposition de l’eau. Pour arriver à cette idée, l’échevin liégeois commit un délit d’initié : il avait appris d’Alexandre Delmer, ingénieur des Mines et secrétaire au ministère des Travaux publics, que l’inauguration du canal Albert aurait lieu en 1939. Georges Truffaut vit dans cette manifestation à venir une occasion rêvée de favoriser le rayonnement de Liège et, au-delà, celui de la Wallonie.

Ce ne fut pas un effet de manche si Georges Truffaut, peu avant le début de l’exposition, déclara : « l’exposition n’est pas un aboutissement mais un point de départ. (...) Elle nous apporte un éloquent témoignage de la vitalité wallonne. »

Georges Truffaut, le « météore »

Georges Truffaut fut incontestablement l’homme politique porteur de cette exposition. Récemment encore, son souvenir fut matérialisé par une stèle lors de l’inauguration de la capitainerie du port autonome de Liège. Aux élections communales de 1938, il obtint le nombre de voix de préférence le plus élevé de tous les partis en présence, devançant le bourgmestre Xavier Neujean, personnalité politique très respectée des Liégeois, décédé en janvier 1940. Georges Truffaut fut également officier de marine, une fonction qui n’était pas sans incidence en 1940. Il fut en effet chargé par le gouvernement de localiser et d’enlever l’or belge à Dakar.

L’establishment ne l’appréciait que du bout des lèvres. Sa fille France Truffaut, devenue plus tard sénatrice socialiste, évoque lors d’un entretien « un baron De Launoy essayant systématiquement de se placer devant [son] père lors des inaugurations de l’exposition ». « Dès 1938 », poursuit-elle, « c’est l’époque de l’inauguration des premières pierres de chaque Palais. On “oublie” d’inviter mon père. Au point qu’il en arrivera à envoyer un courrier mettant les choses au point. Il y a aussi les photos de façades. Mon père et Paul-Henri Spaak sur le même échafaudage. »

Georges Truffaut fut également un militant wallon, chroniqueur à l’Action wallonne, journaliste au sein de La Wallonie, ne cachant pas son opposition virulente à la politique de neutralité de Léopold III. Au parlement, il osa défendre la caricature de l’Action wallonne, visant la politique internationale du roi, et fustiger son ministre des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak, socialiste « reconnaissant » le gouvernement de Franco...

Georges Truffaut avait l’âme républicaine mais cela ne l’empêcha pas d’être un guide attentif auprès de Léopold III lors de la visite royale à l’exposition. Le Monde du Travail, journal clandestin en pleine occupation allemande, évoqua un dialogue peu connu entre Léopold III et Georges Truffaut. Cela se déroulait lors de la visite de la reine des Pays-Bas. Après avoir signifié à Truffaut qu’il avait passé une agréable journée et lui avoir proposé de revenir à Liège pour une visite plus détaillée et sans les apparats d’une visite officielle, le roi s’adressa en ces termes à l’échevin liégeois : « Monsieur le Président, si vous y consentez, je serais heureux de vous avoir comme guide. »

Georges Truffaut appuya par contre énergiquement le plan De Man, plan économique qui permettrait selon lui d’allouer des moyens nécessaires à la réalisation de grands travaux dans la Cité ardente. France Truffaut parle « d’un météore » dans les écrits consacrés à son père. Mort en tant qu’instructeur des forces belges en Angleterre en 1942, il symbolisait un dynamisme politique, lui permettant de transformer ses rêves en réalités.

Relancer le bassin liégeois

Le but sous-jacent de l’exposition de l’eau était de relancer l’économie du bassin liégeois. Les entreprises liégeoises et wallonnes ne s’y trompèrent d’ailleurs pas et soutinrent en masse la manifestation. De la même manière, l’ensemble des décideurs économiques liégeois approuvèrent la mise en place de l’exposition en s’associant avec enthousiasme au projet du « Grand Liège ». Ainsi, symboliquement, la plaquette conçue par la Commission « Propagande du Grand Liège » fut réalisée sur du papier aluminium offert par les Usines à Cuivre et à Zinc de Liège. Dans le même état d’esprit, les ACEC de Charleroi participèrent à la mise en place de jets d’eau de cent mètres, une prouesse technique pour l’époque.

Georges Truffaut n’hésita pas à comparer l’élan de tous les corps de métiers qui participèrent à l’élaboration de cette exposition à celui des bâtisseurs de cathédrales : « Cette exposition nous l’avons placée délibérément sous le signe de la jeune architecture. D’une architecture qui, utilisant les techniques modernes, s’affirme apte à réaliser des oeuvres d’envergure, comparables aux cathédrales médiévales. Architectes et ingénieurs, artistes et jardinistes, techniciens et employés, ouvriers appartenant à d’innombrables corps de métiers y ont déployé une intelligente ferveur ». La notion de « réunion des forces vives liégeoises » prit alors tout son sens. Il est intéressant de noter que cette même notion resurgira au moment des crises économiques liées autour du bassin sidérurgique...

En plein coeur de l’exposition, l’inauguration du Canal Albert (125 kilomètres reliant Liège au port d’Anvers) fit, elle aussi, l’événement. L’ouvrage concurrençait le canal Juliana au Pays-Bas, ouvert en 1935 et reliant les mines du Limbourg néerlandais au port de Rotterdam, permettant à la ville de Maastricht d’accueillir des navires de gros tonnage. Outre l’ouverture du canal Albert, l’exposition constituait un excellent moyen de remodeler Liège dans sa modernité : achèvement de l’autoroute Liège-Bruxelles, nouveau plan d’urbanisation, transformation de quartiers paupérisés (le quartier Nord en fut l’exemple le plus frappant : par « prévention », 2000 peupliers furent plantés lors de l’exposition, pour masquer les faubourgs !). Le chômage faisant des ravages à l’époque, les chantiers de l’exposition étaient aussi un pari sur le redressement économique dans le bassin liégeois.

Georges Truffaut relayait les inquiétudes sous-jacentes des liégeois en soulignant en 1939 : « le fait que nous ayons pu mener en pleine crise deux entreprises aussi considérables que le canal Albert et l’exposition internationale de l’eau prouve qu’en démocratie on peut accomplir de grandes choses. La démonstration est faite que Liège, loin d’être décadente, garde très brillamment son rang de capitale de la Wallonie. »

Liège reçut d’ailleurs un très bel hommage d’une revue française de l’époque intitulée Architecture d’aujourd’hui : « les organisateurs ont eu le grand mérite de penser à l’avenir et de se souvenir qu’une exposition qui n’apporte aucune amélioration définitive à la ville qui l’abrite est un gaspillage sans excuse. (...) L’exposition de Liège laissera après sa démolition, au coeur du futur centre commercial de la ville, un vaste Palais d’Expositions, un parc public de 20 hectares et surtout une voierie toute prête pour un quartier nouveau de 60 hectares que près d’un million de mètres cubes de terre de remblais ont permis de rendre utilisables. »

Technologie et culture

En dehors de l’énorme fête populaire que fut l’Exposition internationale de l’eau, cette dernière fut aussi l’occasion d’allier technologie, culture et patrimoine. Exemple parfait de valorisation patrimoniale, le « Gay Village » reconstituait dans son entièreté une « agglomération mosane », bref un vrai « village dans la ville » avec son église, sa place publique, ses brasseries (une trentaine au total !), ses ponts, que l’on pouvait visiter à pied ou en petit train... Il s’agissait également de reproduire, de façon didactique, l’habitat typique de chaque région de Wallonie.

Un autre exemple, plus technologique : le théâtre d’eau, où jets et lumières éclairant l’exposition constituaient de véritables prouesses techniques. À cette occasion, Albert Dewandre réalisa, au beau milieu du vaste plan d’eau qui séparait Droixhe de Coronmeuse, un jet d’eau de cent mètres qui s’avéra le plus haut du monde. Et, cerise sur le gâteau, une lune artificielle illuminait les soirées du « Gay Village ».

Le sport nautique tint également, tout naturellement, une place importante dans l’animation générale de l’exposition : accueil de régate, hors-bords, natation rythmique, ski nautique... Près de 300 compétitions sportives furent en outre organisées, de la gymnastique à l’automobile, en passant l’athlétisme, le basket, la balle pelote, le cyclisme, le hockey sur glace et sur gazon, le patinage, la boxe, la lutte, l’escrime et le billard...

Un impact économique d’envergure

Au final, l’impact de l’exposition fut énorme, non seulement au travers les réactions du million de visiteurs qu’elle accueillit mais aussi de par l’envergure des travaux qu’elle généra. L’exposition de l’eau de 1939 fut de fait un exemple typique de restructuration, sur deux années, d’une friche industrielle laissée à l’abandon.

La construction de l’exposition fit la part belle à l’utilisation de matériaux de construction régionaux, comme les pierres de carrière : « il a fallu combler un bras du fleuve », résuma Georges Truffaut lors de son discours inaugural, « apporter un million de mètres cubes de remblais, créer une assiette de 60 hectares, niveler et équiper le terrain, construire 70 000 mètres carrés de bâtiments, pavillons et palais, créer 16 hectares d’avenues et d’esplanades, planter plusieurs milliers d’arbres, parmi 14 hectares d’arbres et de jardins. »

Lors d’un entretien avec France Truffaut, celle-ci évoqua les idées clés de son père : « au Parlement, le 28 janvier 1936, très exactement, il fait une intervention remarquée, économique et politique, interpellant le gouvernement sur les mesures qu’il comptait prendre pour hâter l’établissement du port de Liège et favoriser son développement. (...) Son plaidoyer cible trois ministres : celui des Transports, du Commerce extérieur et évidemment des Travaux publics. Il a déjà une notion de l’Euregio, en rappelant que le bassin de Liège peut être raccordé non seulement à Anvers, mais aussi au bassin rhénan. Il demandait l’urgence pour les travaux du canal Albert, évoquait la crise qui depuis 6 ans atteint les ouvriers et les industriels. Ces mots, ce sont : “il faut aller vite, voir grand, frapper fort. Nous poserons le problème devant l’opinion publique.” (...) Il s’entoure en fait de jeunes intellectuels regroupés au sein de l’Action wallonne, issus de tous les horizons politiques. L’exposition internationale de 1939, même si à l’époque, personnellement, j’en retiens forcément les attractions, c’est cette volonté de générer le dynamisme de la Wallonie. En 1993, j’avais déjà insisté auprès des organisateurs sur cette notion lors de l’exposition réalisée à l’église Saint-André. Aujourd’hui, il y a parfois une curieuse amnésie lorsqu’on réécrit l’histoire d’un événement tel que l’Exposition internationale de l’eau. »

En pleine occupation, en novembre 1941, Georges Thone édita un bilan de l’exposition de 1939... Une brique de 630 pages, préfacée par le baron De Launoy. L’ouvrage souligne la technicité de l’exposition, la recadre dans une période de chômage intense et insiste sur les projets économiques des années 1920-1930. On y apprend entre autres que dès 1922, l’administration des Ponts et Chaussées avait dans ses tiroirs une politique de grands travaux, dont l’urgence fut mise en évidence par la crue catastrophique de 1925-1926 : création du fond national des grands travaux en 1927, fondation de la société de démergement en 1928, mise en route du barrage de l’île Monsin en juin 1930... Une politique à laquelle Georges Truffaut souscrivait pleinement.

La fin prématurée de l’exposition

Initialement prévue pour durer de mai à novembre 1939, l’Exposition internationale de l’Eau vit son espérance de vie réduite de deux mois : ses organisateurs décidèrent de fermer ses portes le 2 septembre... « Momentanément » pouvait-on lire dans la presse, mais la fermeture fut bel et bien définitive.

La guerre est souvent invoquée, non sans raison, comme cause première de la clôture anticipée de l’exposition. Fin de l’été 1939, face aux comportements de plus en plus belliqueux de l’Allemagne nazie, les esprits n’étaient en effet plus du tout aux réjouissances... Le 1er septembre, le IIIe Reich envahissait la Pologne, entraînant de facto, après un ultimatum de 2 jours, l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni, alliés de la Pologne, et précipitant l’Europe puis le Monde dans un conflit armé généralisé.

Cependant, un événement plus local - et plus méconnu - a également joué un rôle prépondérant dans l’arrêt subit de l’exposition... Dans la soirée du jeudi 30 août 1939, la foudre frappa plusieurs ponts de la région liégeoise. Le double-pont ferroviaire du Val Benoît et le pont d’Ougrée, minés par l’armée belge en prévision d’un éventuel conflit, explosèrent, faisant une vingtaine de tués et plus de quatre-vingt blessés tout en provoquant d’énormes dégâts aux alentours. L’Exposition internationale de l’Eau, axée autour de la Meuse, ne s’en remit jamais.

Après la guerre, l’exposition prit un coup de vieux. Dans les années cinquante, ses anciens bâtiments devinrent un monde de l’enfance, si on en croît les écrits de Bernard Gheur : « (...) un terrain vague s’étendait entre la place Coronmeuse et l’esplanade Albert-Ier. (...) Ce terrain vague conservait des vestiges de l’Exposition de l’Eau, inaugurée au printemps 1939 – dernière grande fête de l’avant-guerre. Au-delà du Palais des Sports et du Palais de l’Allemagne, quelques pavillons dépérissaient parmi les broussailles, tel ce cirque en béton, qui avait enfermé des ours bruns. Les attractions d’une saison se mouraient depuis des années, de mort naturelle, dévorées par les ronces et les herbes folles. (...) Après la guerre, les gamins des rues ont découvert le domaine oublié. (...) Leurs rêves y couraient sans frein. (...) Les fantômes des ours de 39 venaient peupler le cirque délabré. »

Septante ans plus tard, ce que nous voulons faire revivre avant tout – car nous sommes un peu à l’instar des enfants des années cinquante jouant dans l’imaginaire de cette exposition –, c’est la magie de sa réalité et de notre avenir.