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Comment l'extrême droite belge francophone communique-t-elle sur la toile ? (analyse n°183, publiée le 6/2/2018)
Par Julien Dohet

Le présent article a été répertorié dans la catégorie :
"Analyse et évolution des discours politiques et économiques"

Il traite des sujets suivants :
Extrême droite (sujet principal)

Vous pouvez également télécharger le présent article sous format PDF (avec notes scientifiques, iconographie et mise en page) en cliquant ICI.

Pour citer cet article :

Julien Dohet, « Comment l'extrême droite belge francophone communique-t-elle sur la toile ? », Analyse de l'IHOES, n°183, 6 février 2018,
[En ligne] http://www.ihoes.be/PDF/IHOES_Analyse183b.pdf.





FN-Belge, Démocratie Nationale, Front Wallon (FW), Wallonie d'abord, Parti Populaire (PP) ou Nation figurent parmi les acteurs actuels de l'extrême droite en Belgique francophone. Il nous a semblé nécessaire de nous pencher sur l'utilisation que font ces groupes ou partis des possibilités de communication offertes par Internet et d'examiner les propos qui y sont tenus. Nous nous limitons ici aux sites présents sur la toile et n’avons pas été dans les méandres des réseaux sociaux qui nécessiteraient une étude spécifique.

Après un passage en revue des différents sites Internet de ces formations, nous étudierons plus en détail celui de Nation. En effet, à l’exception du PP qui arrive à jouer sur l’ambiguïté de son positionnement, le mouvement Nation semble de plus en plus se profiler comme le seul parti d’extrême droite francophone encore capable d’allier présence sur les médias sociaux, actions militantes et structuration en vue des prochaines élections locales de 2018, puis fédérales et régionales de 2019. Cette alchimie en fait certainement la composante de ce courant la plus dangereuse à la veille d’une séance électorale importante.

Une présence très clairsemée, illustrative de l’état de l’extrême droite belge francophone

La présence sur Internet de l’extrême droite francophone est à l’image de la situation structurelle et militante de celle-ci : très faible. Ainsi, le site du FN-Belge, qui utilise la flamme tricolore et dit avoir été fondé en 1985 afin d’incarner la continuité avec le parti créé par Daniel Féret, se résume-t-il à une seule page renvoyant vers un compte Facebook dont le contenu est également très pauvre et peu actualisé. Un autre site, quelque peu plus fourni, est celui de Démocratie Nationale. Il reprend une série d’imageries traditionnelles de l’extrême droite francophone comme le « ouvrez les yeux », utilisé depuis les années 1980 et repris d’une campagne du FN français. Les thèmes développés y sont relativement classiques : dénonciation de « l’islamisation de nos villes et villages », refus de l’entrée en Europe de la Turquie, défense des « racines chrétiennes et de la culture européenne », dénonciation de l’ostracisme subi par la formation et qualifié d’antidémocratique… Le concept d’ethnocide, défini comme « un mécanisme de déracinement culturel, la destruction de l’identité culturelle d’un groupe, sans nécessairement détruire physiquement ce groupe », y est utilisé pour décrire le processus vécu par les Européens de race blanche dans leurs propres pays. La charte en ligne, qui se veut courte, énonce 14 grands principes parmi lesquels figurent la dénonciation « des utopies universalistes et mondialistes », et à l’inverse, la nécessité de défendre « l’idée de communauté populaire enracinée », la sauvegarde de la patrie et de la famille (« composée d’un homme et d’une femme » et pour laquelle il faut lutter contre « la culture de mort » que constitue le droit à l’IVG), la défense d’un capitalisme national face à la mondialisation avec une vision corporatiste de l’entreprise (« l’entreprise est une famille de producteurs : il faut y partager les richesses selon les mérites de chacun »). Suivent des chapitres qui fustigent l’islamisation et l’immigration, intégrant un volet sur la protection animale (se résumant à la question des abattages rituels).

Plus actualisé que les deux précédents (du moins pour la page d’accueil, car celles des sections régionales datent de… 2013 !), le site du Front Wallon sent bon l’amateurisme et le bricolage. Il s’agit d’ailleurs plus d’un blog que d’un site Internet proprement dit. Au-delà d’une dénonciation de l’ostracisme subi et du danger de l’islamisation de la Belgique, on notera qu’il se réjouit de la victoire de Donald Trump, obtenue grâce à un programme similaire à celui défendu depuis des années par le FW. Le dernier article surfe sur la polémique autour de l’absence de croix sur la mitre de Saint-Nicolas et dénonce l’influence de la laïcité qui pousse au reniement des racines catholiques de notre pays. À l’inverse, le site de Wallonie d’abord, le parti de Juan Lemmens, n’a plus été actualisé depuis mai 2014.

Le Parti Populaire : le parti d’un seul homme

Si la présence de l’extrême droite wallonne est maigrichonne sur la toile, deux sites se distinguent cependant : celui de Nation, sur lequel nous reviendrons, et celui du Parti Populaire. Sur ce dernier, les thématiques les plus souvent abordées sont similaires à celles de l’extrême droite (« rétablir la sécurité et la justice », « stopper l’immigration incontrôlée »…). En début d’année 2017, sur la page d’accueil du site, le président du parti va jusqu’à réutiliser l’image du balai, cher à Degrelle, en lançant le hastag « #dubalai ». Contrairement aux précédents sites, celui du PP est très professionnel, tenu à jour et a en corollaire le site de l’organe du parti : Le Peuple.

Dès la page d’accueil et le mot du président, le ton est donné. D’une part, Mischaël Modrikamen avertit que dès la rentrée de 2018, il proposera « au bureau politique des mesures contre les quelques égarés [parmi les militants du PP] qui sèment la division et n’auraient pas fait un pas de côté d’eux-mêmes ». D’autre part, le PP se positionne comme la force de la vraie droite qui sera indispensable pour former une majorité empêchant le « front de gauche » de venir au pouvoir lors des élections de 2018 et 2019. Les quatre points de programme qui sont alors mis en évidence sont la limitation de l’immigration, la baisse des impôts, le rétablissement de la sécurité par une politique de la tolérance zéro et la prolongation du nucléaire. Si Modrikamen, dans ce même texte, insiste sur le fait que le PP est un parti ouvert à tous « quelle que soit notre origine, notre couleur, notre race ou notre religion » et qu’il dénonce le racisme et l’antisémitisme, les autres articles du site révèlent une obsession de l’immigration qui est régulièrement liée aux questions de sécurité. Le troisième grand thème présent fin 2017 sur ce site est celui du nucléaire qui doit être maintenu. Les textes y sont courts, mais ceux du Peuple ne sont guère plus fournis du moins dans la version en ligne (mais aucune version PDF n’est accessible). Ici également, l’immigration est le thème de loin le plus traité avec la reprise de concepts de l’extrême droite comme par exemple celui du « racisme anti-blanc », le fait que les « allochtones » qui arrivent à des postes à responsabilité défavorisent les « belgo-belges » ou encore que l’attentat à Zaventem n’a été possible que grâce à des complicités au sein du personnel bagagiste qui n’inclut « aucun Belge de souche ». Le sommet est atteint dans l’article « La vérité sur les Soudanais. Effrayant ! » où ceux-ci sont présentés comme des pauvres débarquant chez nous parce qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter d’épouses dans un pays où la polygamie est permise. L’article insiste donc sur le danger pour « nos filles » qu’il nous faut protéger... Outre Donald Trump, Viktor Orbán est une référence tout comme Robert Ménard. Terminons en signalant que de courtes vidéos sont également présentes sous l’intitulé générique « Peuple TV ». Elles se résument à des propos face caméra du seul Modrikamen sur divers sujets d’actualité.

Nation : des références et un discours bien connus

L’autre site qui se distingue est celui de Nation. La formation identitaire d’Hervé Van Laethem a toujours été la formation d’extrême droite la plus active, tant sur le terrain que sur la toile. Le site actuel comprend, de manière assez intéressante, les pages web antérieures de la formation depuis 2009. Il est aussi le plus complet quant à une vision globale du monde, aux liens internationaux… C’est ainsi que l’on retrouve un soutien parfaitement assumé à Aube Dorée (parti politique grec néo-nazi), quasi érigé en modèle à suivre, et la mention de l’appartenance à l’Alliance pour la Paix et la Liberté (structure européenne de l’extrême droite ayant pignon sur rue à Bruxelles). On relève des liens vers Radio Libertés et d’autres sites très clairement d’extrême droite. La boutique se montre également riche en enseignements avec la vente d’objets ornés de la croix celtique. Cette croix, on la retrouve sur un drapeau accroché au mur d’une des nombreuses photos montrant des militants de Nation. Remarquons que la croix y est noire, au centre d’un rond blanc, lui-même placé au milieu du drapeau de couleur rouge, et ce, sur le modèle de disposition et de coloris du drapeau nazi. Au-delà d’une imagerie qui va donc jusqu’à assumer des retours aux années 1930, le contenu de textes mis en avant est édifiant, tout comme la vision diffusée dans les JT du mouvement, disponible en ligne. On retrouve ainsi dans le dernier numéro (précédant l’émission spéciale « Rétrospective d'une année militante »), une interview du « docteur Merlin », un chanteur « insoumis, nationaliste européen » qui insiste sur le poids des mots dans le combat identitaire.

Dénonciation du danger de l’extrême gauche et de l’immigration, réjouissance face à l’élection de Trump qui a gagné malgré la propagande bienpensante… le site contient tous les thèmes que nous venons déjà d’évoquer. Mais il va un peu plus loin. Ainsi en est-il du texte « Stanleyville : NATION n’oublie pas ! » qui rend hommage aux parachutistes qui en novembre 1964 « libéreront des milliers d’occidentaux pris en otage par une rébellion congolaise d’obédience communiste » et qui n’oublie pas « les complices des tueurs marxistes puisque 400 ressortissants occidentaux [sic] auront néanmoins été assassinés parfois dans des conditions atroces. Les complices des tueurs, on les trouvait en Belgique dans cette gauche toujours prête à applaudir aux massacres d’Européens. Cette gauche qui militait, à l’époque, pour que nos militaires n’interviennent pas. Cette gauche qui traitera nos parachutistes de fascistes… Cette même gauche, dont les enfants aujourd’hui (encore plus débiles et encore plus ethno-masochistes) vandalisent la statue de Leopold II et s’auto-flagellent car ils sont Européens. »

Un autre texte intéressant est celui qui relate une rencontre à Anvers avec des équivalents flamands. Hervé Van Laethem y reprend la rhétorique du chef qui n’hésite pas à recourir à la confrontation physique : « Mais aussi car elle est symbolique du combat, même physique n’ayons pas peur de le dire, que j’ai mené ici contre la crapule gauchiste et les bandes urbaines, au coude à coude avec des camarades flamands dont certains sont encore présents ici aujourd’hui » et qui proclame ouvertement qu’il faut un « état fort », un « état nouveau » qui remplacera l’actuel gangrené par le « mondialisme » tant économique que racial. Et Van Laethem, reprenant la thématique d’une troisième voie, sous le vocable de « solidarisme » qui incarne une forme de capitalisme national intégrant le corporatisme, plaide pour « un État qui donnera plus de liberté aux petits patrons mais qui contrôlera les activités des multinationales et sera le régulateur ultime des questions économiques et financières, c’est-à-dire tout le contraire de ce que le futur traité TTIP (pur produit du mondialisme) veut appliquer. » Le discours de son équivalent flamand n’est pas non plus sans intérêt, notamment dans ses nombreuses références à Nietzsche, dans son auto-qualification de « nationaux-démocrates » (à défaut de pouvoir dire « socialistes ») appelant à être une « force contre-révolutionnaire » pour lutter contre le « mondialisme cosmopolite ». Ce dernier, peut-on encore lire, utilise l’immigration comme une arme : « L’immigration de masse est, comme je l’ai déjà dit, une arme des élites néolibérales et des gauchistes contre leur propre peuple […]. L’immigration de masse est une sorte d’arme atomique qui doit dissoudre les peuples et les cultures, y compris celles des migrants. ».

Les articles plus récents sur le site de Nation confirment ces constats avec un appel à un syndicalisme corporatif, la condamnation de « la grande presse subsidiée aux ordres du grand capital apatride, cosmopolite et vagabond » et celle d’« un monde médiatique occidental tout acquis à la pensée mondialiste et aux forces de l’argent ». On y dénonce encore l’avortement qui nous affaiblit démographiquement face aux immigrées, qui elles n’avortent pas, et facilitent donc le « grand remplacement » des peuples européens.

Le triangle vert

Mais la partie la plus intéressante du site de Nation, se trouve dans la boutique en ligne qui illustre parfaitement la volonté de cette frange de l’extrême droite de conquérir l’espace idéologique par l’activisme. Nation promeut en effet le port d’un « triangle vert ». « Ce pin's rappellera quelque chose aux spectateurs les plus attentifs de la ?culture politiquement correcte? de ces dernières années. Nous voulons parler du fameux triangle rouge ?contre l’extrême-droite ?. Triangle rouge porté par des personnes qui se font un ?devoir ? d’afficher ce triangle rouge juste au moment de passer à la télé ou bien pour faire plaisir à leur chef de service étiqueté socialiste dans l’un ou l’autre ministère […]. C’est pourquoi, face à ce triangle rouge, on ne peut plus conformiste, nous proposons à ces porteurs de triangle de l’échanger contre le triangle vert, symbole du refus de la charia et du terrorisme et de la lutte contre le seul vrai fascisme qui existe encore de nos jours : le fascisme des extrémistes salafistes ! » Et d’insister sur le fait qu’« il n’y a aucune inscription relative à NATION sur le triangle. Ainsi, même si vous ne vous retrouvez pas dans les autres idées de NATION, vous pourrez néanmoins témoigner de votre opposition aux extrémistes islamistes. Portez le symbole de la seule vraie résistance d’aujourd’hui !!! »

TV Nation

La vidéo est utilisée depuis plusieurs années par Nation qui a créé « TV Nation ». Celle-ci se décline via une chaîne YouTube (dont les liens à eux seuls démontrent le courant radical auquel appartient le parti), et ce, en plusieurs formats : un journal à la périodicité incertaine (en 2017 : un numéro en janvier, un en avril et un en juin), l’émission « Forum » et des « Flash Actu » plus courts. Ceux-ci semblent être actuellement privilégiés par le mouvement, le dernier étant consacré à une conférence tenue mi-novembre 2017 à Bruxelles. À noter que la vidéo retraçant l’année 2017 a été postée mi-septembre ! et qu’elle est précédée sur YouTube de l’avertissement suivant : « la communauté YouTube a jugé le contenu suivant inapproprié ou choquant pour certains publics ».

Nous allons à présent analyser le contenu de quelques-unes des vidéos les plus récentes, toutes présentées par Olivier Frapchot qui est loin d’avoir raté une carrière de présentateur. Techniquement, la bonne volonté est là mais les moyens ne suivent clairement pas et l’on frise parfois le ridicule. Par contre, on notera que de nombreux militants apparaissent à visage découvert dans les séquences qui contiennent également des indicateurs intéressants comme dans le journal d’avril 2017 où l’on voit sur le mur un drapeau rouge avec en son centre un rond blanc contenant la fameuse croix celtique. Ou quand le naturel revient au galop... Constatons également que Nation recrute dans les couches défavorisées de la population et que les actions menées le sont par un noyau composé de 5 à 20 personnes.

Comme nous l’avons déjà indiqué, Nation s’inscrit dans une mouvance dite « identitaire » et « solidariste » pour reprendre les qualificatifs employés dans sa vidéo de présentation. Il s'en explique : « En effet, le terme ?national-solidarisme? n’a pas de lieu d’être [sic] puisque le solidarisme est, par essence, quelque chose de national. En effet, pour résumé [sic], le solidarisme est une volonté d’appliquer la solidarité pour ceux qui le méritent, dans le cadre de la nation ! Et sans compter la forte connotation identitaire qui est liée au solidarisme, tel que défendu par NATION ! ». L’identité est définie comme « les valeurs traditionnelles des peuples européens ». Van Laethem reconnaît cependant que, bien qu’il n'apprécie pas l’expression, les quelques échos dans les médias montrent que « Nation représente l’Extrême Droite en Belgique francophone ». Cette clarification est suivie par un appel aux dons pour faciliter le développement du mouvement à la veille de la campagne électorale et pour permettre de maintenir actif le local de l’Alliance for Peace and Freedom.

L’essentiel du numéro d’avril de « TV Nation » est consacré à ce local à l’occasion de la fête de son premier anniversaire. Le reportage en souligne l’importance pour la visibilité et la structuration du mouvement identitaire européen. L’occasion d’y interviewer longuement le représentant de Democracia Nacional, mouvement particulièrement radical, qui insiste sur l’importance de la défense de l’Europe, de la culture commune et des liens historiques, du respect de « la foi et de la tradition ». On notera avec grand intérêt cette notion de « foi » dans le chef de partis qui prétendent par ailleurs défendre une vision laïque de la société. Dans cette interview, la période qui suit le régime de Franco en Espagne est qualifiée de « démocratie entre guillemets » et il y a une forte insistance sur le « système mondialisé » qui organise un « cordon sanitaire » et la « répression politique » contre les identitaires, cette répression étant un signe que le système tremble devant la contestation grandissante organisée par les « forces patriotiques ». Une thématique que l’on retrouve régulièrement, notamment quand il s’agit de montrer les arrestations des membres ou les interdictions de manifester subies par Nation. C’est donc avec beaucoup d’insistance que l’émission de septembre évoque l’autorisation qui leur a été octroyée de fêter le 1er Mai par un meeting au cœur d’Anvers. Un autre grand thème présent quasi constamment est celui de la « GPS », la « Grande presse subsidiée » ou « presse bienpensante », aussi définie comme les « merdias », qui n’est pas libre et n’est qu’un outil de propagande du système diffusant une « idéologie bisounours » pour endormir la population. Et bien entendu, les scandales politiques sont développés et utilisés pour montrer combien le système est corrompu, avec mise en avant des actions de manifestation de ses militants, notamment sur la citadelle de Namur. Un dernier aspect développé dans les outils de propagande vidéos de Nation est celui de l’aide aux plus faibles, avec la mise en avant d’actions de maraude en faveur des SDF belges et qui renvoie à l’aspect « solidariste ».

C’est également par deux vidéos que Nation annonce sur son site qu’elle s’insère dans une recomposition du paysage politique par la création d’une alliance électorale. Celle-ci, qualifiée de « coordination patriotique », portera le nom de « On est chez nous ». Un « Flash Actu » enregistré et diffusé à la suite du premier tour de la présidentielle en France (le 23 avril 2017) permet de dévoiler l’accord. Van Laethem se réjouit de la qualification au second tour de Marine Le Pen avant de présenter le projet et de céder la parole, en toute fin de séquence, à Joseph Franz du Parti des Pensionnés. Cette nouvelle fait également l’objet d’une capsule vidéo mise en ligne le 6 mai 2017. Intitulée « Forum », il s’agit d’une « émission de débat ». Le présentateur en est (à nouveau) Olivier Frapchot, secrétaire général de Nation, qui accueille… Hervé Van Laethem, président de Nation. Celui-ci, très poliment, le remercie pour cette invitation au débat dont on pressent par avance qu’il sera tendu avec de nombreuses questions pièges. Van Laethem répète que le projet consiste bien à mettre en place « une coalition électorale des forces patriotiques » basée sur l’acceptation de 10 points et au sein de laquelle chaque formation garde sa liberté d’action. Le but est de favoriser le « vote patriotique » et de faire entendre le « lobby des petits Belges de souche ». La conférence de presse fera également l’objet d’une séquence dans le « TV Nation » de septembre, montrant de ce fait l’importance que le mouvement accorde à cette alliance qui, espère-t-il, devrait lui permettre de réussir une percée électorale.

« On est chez nous »

« On est chez nous ! » ce slogan ayant inspiré le titre d’un intéressant film sur l’extrême droite en France, a été choisi par Nation pour son triptyque « tracté » ces derniers mois par ses militant(e)s. Le slogan, accompagné du trident rouge et noir, symbole du mouvement, est placé sur un fond représentant une de leurs manifestations lors de laquelle les militant(e)s portent des drapeaux belges et wallons ou d’autres aux couleurs rouge et noir. À l’intérieur du tract, trois thèmes sont développés. Les deux premiers, « Le Djihad ne passera pas ! » et « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! », sont centrés sur l’immigration tandis que le troisième reprend un autre classique de l’extrême droite : « Ni socialisme, Ni capitalisme, Troisième voie ! ». On notera que les solutions aux « problèmes » soulevés ne sont que de l’ordre du répressif. Le verso est à nouveau centré sur l’immigration avec un « Aidez NATION à garder la Belgique… BELGE ! » accompagné de la volonté de défendre « l’identité et la civilisation européenne ainsi que sa culture millénaire » en prônant la « remigration » et une laïcité à géométrie variable comme la pratique Marine Le Pen car « Nation combat l’extrémisme religieux et tous ceux qui veulent transformer notre société européenne au nom de leur religion ». Religion qu’il faut comprendre comme étant uniquement l’Islam.

Ce slogan « On est chez nous » risque donc de fleurir dans l’année qui vient. Slogan dont Hervé Van Laethem revendique la paternité dans une des émissions de « TV Nation ». Si l’aspect amateur de cette télévision du Web peut faire sourire et que le nombre de militant(e)s reste limité, le danger que constitue Nation est réel et ne doit pas être minimisé, surtout si l’amorce de regroupement se développe. Son activisme lui permet de compenser son manque de moyens et pourrait lui permettre une présence réelle dans les futures campagnes électorales d’autant que les autres formations ne semblent pas en état de marche. Au niveau du Parti Populaire, l’ampleur des contestations internes aura certainement un impact sur le déroulement de sa campagne, tout comme la présentation sur ses listes d’un ou de plusieurs membres de partis ayant des aspirations similaires à celles du PP, et que seule la présence dans les médias de son président Modrikamen pourrait compenser. Sur le plan électoral le profil plus lisse et acceptable du Parti Populaire en fait le plus dangereux en termes de possibilité d’obtenir des élus, tandis que l’activisme de Nation est le plus à surveiller.

Dans un cas comme dans l’autre, empêcher une structuration plus importante constitue donc un enjeu pour les mois à venir.