Le retour des « expulsés ». L’émigration espagnole en Belgique après la mort de Franco
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La présente étude de l’IHOES est disponible gratuitement en ligne via CE LIEN ou en cliquant sur l'image de la couverture.
Résumé
Cette étude s’intéresse aux Espagnols de Belgique durant la Transition démocratique (1975-1982). À partir d’une trentaine d’entretiens, l’auteur – historien récemment sorti de l’université de Liège – analyse comment le processus de démocratisation espagnole a influencé les stratégies migratoires. Les décisions de rester ou de revenir étaient guidées par des valeurs personnelles et politiques : les émigrés de droite se sont sentis étrangers face à des changements culturels, tandis que ceux de gauche ont été désillusionnés par une démocratie monarchique et des mesures contraires à leurs idéaux. La démocratisation a donc souvent renforcé le choix de s’installer définitivement à l’étranger, révélant l’impact des conflits mémoriels sur le retour.
Description complète
En matière d’étude sur les migrations, l’actualité internationale récente (notamment en Syrie) a remis à l’ordre du jour le phénomène du retour dans le pays d’origine. Les contextes politiques propres aux lieux d’origine ou d’accueil peuvent en grande partie expliquer les raisons motivant un individu à émigrer. Cependant, les travaux traitant de migration estiment généralement qu’en dehors des réfugiés politiques, un changement de régime dans le pays d’origine ne constitue pas pour la plupart des émigrés la cause principale de leur retour. Les principales raisons qui sont mises en avant par la sociologie pour expliquer la décision de rentrer au pays se basent principalement sur un examen de leur situation matérielle. La décision de retourner volontairement et définitivement vers la terre d’origine, après un séjour à l’étranger plus ou moins long, dépend surtout d’éléments liés à la situation familiale et économique dans le pays d’accueil. Dès lors, la situation politique, économique ou sociale du pays d’origine est souvent perçue par la sociologie comme jouant un rôle secondaire dans les stratégies migratoires.
Tout au long de l’année 2025, l’Espagne va commémorer le cinquantième anniversaire de la mort du dictateur Franco et le changement de régime qui a suivi, à travers une centaine d’événements culturels centrés sur la conquête de la liberté du peuple espagnol. Bien que le fil conducteur de ces événements soit la mise en valeur de la Transition vers la démocratie, le président du gouvernement, Pedro Sánchez (PSOE), reconnaît qu’il est nécessaire de revoir les différentes failles présentes au sein de ce processus. Ainsi, au grand dam de l’opposition, le gouvernement a déclaré très fermement la nécessité de revoir l’histoire de la dictature franquiste (1939-1975) et de la Transition démocratique (1975-1982) telle qu’elle a été écrite, afin de ne pas tolérer une « assimilation des victimes aux bourreaux ». Par conséquent, cet anniversaire va très clairement motiver la production historiographique relative à une période dont les derniers témoins directs commencent à disparaître.
C’est notamment en raison de cette diminution progressive du nombre de témoins qu’en avril 2024, l'auteur de cette étude, alors étudiant en histoire à l'université de Liège, a mené une campagne d’entretiens oraux en Belgique (et principalement en région liégeoise) auprès d’Espagnols ayant vécu la Transition à l’étranger. L’objectif fondamental de ce travail était de comprendre l’influence que le processus de démocratisation aurait pu avoir sur leur stratégie migratoire, et notamment sur leur décision de rester en Belgique. Les interviews de vingt-neuf Espagnols âgés de 63 à 85 ans ayant vécu à Liège durant la Transition ont fait ressortir la crainte que les témoins avaient éprouvée à l’époque par rapport au processus qui, loin de les convaincre de l’intérêt de leur retour, les a – dans une certaine mesure – convaincus de rester en Belgique. Cet article passe en revue les principaux résultats de ce travail en se centrant d’abord sur la place qu’occupait chez les exilés le mythe du retour avant la Transition, avant d’aborder la remise en question de ce mythe après la mort de Franco.
Auteur(s) : Lionel Romero Widart
Lieu d'édition : Seraing
Édition : IHOES asbl
Année de publication : 2025
Nombre de pages : 17
Disponible en ligne uniquement
Prix : gratuit


